Connu pour ses prises de position courageuses, l’ancien ministre, Yaya SANGARE, fait aujourd’hui partie des rares personnalités qui refusent le silence malgré la confiscation des droits politiques et autres libertés publiques. Depuis la dissolution des partis politiques le 13 mai dernier, Yaya SANGARÉ, en homme engagé, refuse d’abandonner le combat pour la démocratie et n’a cessé de dénoncer ce qu’il qualifie de ’’grave atteinte aux droits de l’homme’’ fragilisant le processus démocratique. Ce dernier, dans une tribune qui tranche avec la langue de bois, transmise à notre rédaction, s’insurge contre le ’’projet de loi tendant à réviser une énième fois la Charte de la Transition, et à accorder cinq (5) ans renouvelables au Général Assimi GOITA avec, en prime, le titre de président de la République’’. Tout cela, sans élection ! Pour ce journaliste, doublé de politicien, ce projet de loi, s’il est voté par le Conseil national de transition, constituerait une insulte à tous ceux qui, depuis des décennies, luttent pour la démocratie.

L’avenir appartient à ceux qui refusent de se taire…
J’ai voulu faire preuve de retenue et éviter de m’abaisser au niveau des débats de caniveaux. Mais je ne saurais garder le silence face à la violation flagrante et répétée de nos textes fondamentaux, vrais socles de la souveraineté nationale. Me taire dans ces conditions serait de m’inscrire dans un silence coupable et irresponsable. C’est contribuer à l’accomplissement de l’inacceptable.
En tant que citoyen profondément attaché aux valeurs démocratiques et républicaines, en ma qualité d’ancien député et d’ancien ministre de la République, je me dois de me prononcer sur certaines décisions qui engagent la vie de notre Nation.

Consternation
L’essence de la démocratie, c’est l’exercice du droit constitutionnellement concédé à chaque citoyen de pouvoir exiger des comptes, défendre ses droits, même sous la menace.
J’ai appris, avec consternation, l’adoption par le Conseil des ministres du 11 juin 2025, d’un projet de loi tendant à réviser une énième fois la Charte de la Transition, et à accorder cinq (5) ans renouvelables au Général Assimi GOITA avec, en prime, le titre de Président de la République. Tout cela, sans élection!
Ce Conseil des ministres du mercredi 11 juin 2025 restera dans l’histoire de notre pays comme le jour le plus funeste pour la démocratie et la République.
Une Transition qui devait s’achever le 26 mars 2024 a désormais vocation à se prolonger indéfiniment, en violation de tous les textes de la République, des Serments et de la parole d’honneur donnée aux légitimités traditionnelles du pays, à l’ensemble du Peuple, ainsi qu’à la communauté internationale.
Ce projet de loi, s’il est voté par le Conseil National de Transition, est une insulte à tous ceux qui, depuis des décennies, luttent pour la démocratie, c’est-à-dire la République légitimée et corroborée par des valeurs inaliénables comme l’Etat de droit, l’alternance, la pluralité des opinions, et le respect des règles. Il enterre notre démocratie acquise au prix du sang des Martyrs et réduit les populations maliennes en simples sujets contraints à subir les souffrances de la résignation.
À y regarder de près, nous sommes en train de nous installer dans la confiscation brutale du pouvoir d’Etat, la fuite en avant, le pilotage à vue, la stratégie du flou pour retarder l’inéluctable : le retour à un pouvoir légitime, comme le stipulent la Constitution du 22 juillet 2023 et la Charte de la Transition, même révisée.

Les élections constituent la seule voie
Les élections constituent la seule voie pour accéder aux fonctions politiques et c’est à travers elles que se met en place un mécanisme de politiques décisionnelles inclusives dans un État qui se respecte. En cela, elles permettent à tous les citoyens, quelle que soit leur origine sociale, de prendre part à la prise de décisions qui engagent la vie de la nation.
J’avais béatement pensé que les maîtres du pays oseraient mettre de l’ordre, de la discipline et instaurer de la redevabilité dans les institutions.
J’avais espéré qu’ils tiendraient leurs engagements envers le peuple, qu’ils jetteraient les bases d’une administration rigoureuse, d’une gouvernance vertueuse, et imposeraient le respect des deniers publics, la transparence dans les recrutements dans la fonction publique.
J’avais sincèrement cru qu’ils sanctionneraient les tenants et les aboutissants de la corruption, sans rien pardonner aux corrupteurs et aux corrompus, et qu’ils oseraient forclore tout intérêt clanique ou personnel.
Le peuple, au nom de qui toutes les décisions sont prises, sans être consulté, observe avec l’œil du félin, les juges maliens installés dans nos tribunaux, surtout ceux de la Cour Suprême et de la Cour Constitutionnelle. Son jugement sur ces acteurs prééminents de la Justice sera sans appel, puisqu’il est convaincu de ce que les vertus que nous exigeons d’eux seront les fers de lance de la réussite de la Refondation et de l’enracinement d’un État de droit.

La Refondation doit
devenir un projet inclusif
Car, la Refondation, pour être réelle, doit devenir un projet inclusif et visionnaire. Si nous voulons éviter le désastre à notre pays, nous devons sortir de la logique du mépris, du mensonge et de la répression, et laisser émerger une véritable opinion publique nationale. Ce qui suppose une transition réelle aux contours bien clairs, pas une confiscation militaire du destin national. Tout pouvoir qui n’a pas de limites devient une folie, dit-on. Alors, sachons raison garder.
Avec la recrudescence des attaques terroristes ces derniers mois occasionnant de nombreux morts et de dégâts matériels importants, je salue la bravoure, la réactivité et la discipline de nos soldats engagés sur le théâtre des opérations.
Je salue leur détermination exemplaire et leur engagement patriotique, surtout dans les circonstances critiques que traverse notre pays en lutte contre le terrorisme et le grand banditisme transfrontalier.

’’J’exhorte le Général Assimi GOÏTA’’
J’exhorte le Général Assimi GOÏTA, parvenu au pouvoir dans des circonstances singulières, en sa qualité de Chef de l’Etat, garant de la cohésion et de l’unité nationale, investi de la mission de régulation du corps social, au nom de la concorde, de la paix et de la stabilité, de son serment d’officier malien, au nom de la démocratie, d’écouter les voix d’autres composantes de notre chère patrie qui se font entendre pour exprimer leur désaccord avec le projet de loi incriminé. Il doit respecter ces voix discordantes, même s’il n’est pas établi, pour lui et ses supporters, qu’elles reflètent le jugement de la majorité du peuple. Un tel projet qui accorde un mandat présidentiel sans élection ne vaut que par une adhésion populaire et consciente. Tel n’est pas le cas, car il viole notre loi fondamentale, le consensus national et accentue les tentions sociopolitiques et la division entre Maliens. Il est pourtant nécessaire que les Maliennes et les Maliens s’accordent sur l’essentiel au-delà de leurs différences, pour bâtir solidement une union sacrée autour du Mali.
En tant qu’une partie significative du peuple, nous avons de la mémoire et nous refusons la confiscation du pouvoir, le musèlement des voix critiques, l’arrestation et la détention arbitraire des leaders d’opinion, la dissolution des partis politiques, l’interdiction des activités politiques. Quand on veut marquer son désaccord face à l’impensable, l’innommable, l’inqualifiable, on dénonce et on dit clairement NON.
Moi, je dis NON! Non à l’omerta ! Non au silence coupable confinant à la complicité! Car, au fond de moi, gronde une petite voix qui clame que l’avenir du pays dépend aussi de ceux qui refusent de se taire aujourd’hui, face à l’arbitraire.
Que Dieu bénisse le Mali et inspire ses dirigeants!

Bamako, le 14 juin 2025
Yaya Sangaré
Homme politique
Ancien député élu à Yanfolila
Ancien ministre
Co-fondateur du Cercle de Réflexion et d’Actions Citoyennes (CRAC)
Officier de l’Ordre National

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