Le climat social est-il en train de se dégrader dans le secteur de l’éducation ? L’arrêt de travail déclenché à l’IFM de Kati à compter de ce lundi 26 janvier 2026 est en tout cas un symptôme alarmant. Ce mouvement, loin d’être isolé, s’inscrit dans une dynamique nationale qui touche Kangaba et plusieurs autres localités, révélant une crise structurelle que le gouvernement ne peut plus traiter par le silence ou l’improvisation.
Le cœur du conflit est connu, documenté et ancien : le non-paiement des salaires des enseignants des collectivités territoriales. Pourtant, une circulaire claire du 24 février 2021, signée par le ministre de l’Administration territoriale de l’époque (aujourd’hui Premier ministre) fixait sans ambiguïté les responsabilités et les délais de paiement. Cinq ans plus tard, le même État se retrouve en infraction avec ses propres instructions. Ce recul n’est pas seulement administratif ; il est politique et social.
Comment expliquer qu’en pleine transition, dans un contexte de crise multidimensionnelle (sécuritaire, économique et sociale) le seul revenu de milliers d’enseignants soit traité comme une variable d’ajustement ? La réponse tient en trois mots : désorganisation, dilution des responsabilités et faiblesse du pilotage budgétaire au niveau local. La chaîne de paiement, éclatée entre l’État central, les collectivités et les services déconcentrés, continue de produire des retards chroniques, sans mécanisme contraignant de sanction ou de correction rapide.
Or, l’éducation n’est pas un secteur comme les autres. Toucher au salaire des enseignants, c’est fragiliser l’école publique, désespérer les formateurs de demain et alimenter un ressentiment social profond. À l’IFM de Kati, ce sont les futurs maîtres qui paient déjà le prix de cette défaillance, pris en otage d’un conflit qui les dépasse. À terme, c’est tout le système éducatif qui risque l’asphyxie.
Pour désamorcer la bombe sociale, le gouvernement doit agir vite et fort. D’abord, apurer immédiatement les arriérés de salaires, sans condition ni renvoi de responsabilité. Ensuite, centraliser temporairement le paiement des enseignants des collectivités, le temps de sécuriser la chaîne financière. Enfin, instaurer un mécanisme automatique de déclenchement des paiements, assorti de sanctions administratives claires en cas de manquement.
Au-delà des mesures techniques, c’est un signal politique fort qui est attendu : reconnaître l’enseignant comme pilier stratégique de la refondation nationale. Faute de quoi, les arrêts de travail d’aujourd’hui pourraient se transformer demain en une contestation sociale incontrôlable, dont l’école malienne sortirait profondément affaiblie.

Par Sikou BAH

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