Cinq années auront suffi à infléchir une trajectoire que beaucoup disaient irréversible. Non par incantation, encore moins par miracle, mais par une combinaison rarement assumée dans notre histoire récente : volonté politique affirmée, reprise en main stratégique et engagement total des Forces armées maliennes. À travers l’armée, c’est le Mali lui-même qui a changé de posture. D’un État sous perfusion sécuritaire, il est redevenu un État qui se défend, qui décide et qui assume.
Il faut rappeler d’où nous venons. En 2020, l’armée héritait d’un lourd passif : sous-équipement chronique, moral atteint, dépendance opérationnelle, accords contraignants et perception publique fragilisée. La crise n’était pas seulement militaire ; elle était politique, symbolique et morale. La Transition a posé un diagnostic sans complaisance et choisi une thérapie exigeante : refonder l’outil de défense pour restaurer la souveraineté. Le pari était risqué. Il a été tenu.
À l’heure du 65ᵉ anniversaire de l’Armée nationale, une évidence s’impose : la souveraineté ne se proclame pas, elle se construit. Elle se bâtit sur le terrain, dans la durée, par la discipline, la montée en puissance et le sacrifice. Les FAMa n’ont pas promis l’impossible. Elles n’ont pas prétendu régler, en quelques mois, une crise enracinée depuis plus d’une décennie. Mais elles ont rétabli l’essentiel : la capacité du Mali à se défendre par lui-même, selon ses priorités et ses intérêts vitaux.
Cette transformation s’est traduite par des opérations plus coordonnées, une présence territoriale renforcée, une meilleure articulation entre forces terrestres et aériennes, et une reconquête progressive de zones longtemps abandonnées. Elle s’est aussi incarnée dans le courage silencieux des soldats, dans l’acceptation des pertes, dans l’apprentissage tactique et dans la capacité à tenir, malgré les pressions, les campagnes de dénigrement et les doutes savamment entretenus.
L’armée n’a pas tout réglé. Elle ne pouvait pas le faire seule. La sécurité durable reste indissociable de la gouvernance, du développement et de la cohésion sociale. Mais en rétablissant un rapport de force crédible, les FAMa ont redonné au politique et au civil l’espace nécessaire pour agir. Elles ont surtout rendu au peuple malien ce qui lui avait été confisqué : l’espoir réaliste d’un État debout, maître de ses choix et de son destin.
L’histoire jugera la Transition. Elle en mesurera les réussites comme les limites. Mais elle retiendra déjà une vérité difficilement contestable : l’armée malienne n’a pas failli. Elle a combattu, résisté, appris et tenu. Et dans un Sahel en recomposition, où seuls les États capables d’assumer leur défense compteront, cela suffit à faire du Mali non plus un objet des agendas extérieurs, mais un acteur souverain de son propre avenir.

Par Sikou Bah

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