Il faut dire qu’on est loin, même très loin, de l’enthousiasme et l’optimisme affichés par les Maliens et les Nations unies lors de la création, le 25 avril 2013, de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ; avec le mandat qui lui était sien notamment : la «stabilisation des principales agglomérations et contribution au rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays » ; et à la « Contribution à la mise en œuvre de la feuille de route pour la transition, y compris le dialogue national et le processus électoral ». Il y a dix (10) ans, il s’agissait pour la Minusma d’«aider les autorités de transition maliennes à appliquer rapidement la feuille de route pour la transition en vue du plein rétablissement au Mali de l’ordre constitutionnel, de la démocratie et de l’unité nationale ».
Aujourd’hui elle fait l’option de se substituer carrément à l’État du Mali.
Dans le rapport sur la situation interne de la Minusma, le secrétaire général n’exclut pas «de transformer la Minusma en mission politique spéciale (…) si les paramètres essentiels ne sont pas en place pour qu’elle s’acquitte de (son) mandat ». Autrement dit, au lieu d’une armée de 13.000 hommes pour combattre les terroristes, on aura une armée de bureaucrate, de la même taille, chargée de tripatouiller et de certifier nos élections.
Et nos FAMa qui sont la fierté de notre nation, avec tous les efforts et les sacrifices consentis, seront chargées de protéger cette lourde bureaucratie selon le SOFA qui sera imposé.
Aujourd’hui, les options sur la table de l’ONU sont loin de permettre à notre pays de voir le bout tunnel après des années de présence sur notre territoire.
Cette reconfiguration en vue est la preuve que la Minusma a, pendant tout ce temps, agi avec un mandat qui n’était propre à la réalité malienne. Et les différents plaidoyers de redressement sont restés vains. En septembre 2018 déjà, le président Ibrahim Boubacar KEITA réclamait « un mandat robuste » pour permettre à la mission onusienne d’être beaucoup offensive. Car hier comme aujourd’hui, ce n’est pas le moment de la stabilisation, mais de lutte réelle contre les forces du mal. Une conviction qui n’est pas partagée par les lobbies des puissances étrangères.
Mais à défaut d’un mandat robuste en vue d’imposer la sécurité, la Minusma veut expérimenter cette approche politique spéciale dans notre pays, dans un pays où une bonne partie du territoire est sous le contrôle des terroristes. Aucune politique, qu’elle soit spéciale ou extraordinaire, n’est viable dans une atmosphère de dégradation de la sécurité. Est-ce le début de l’abandon en plein vol du Mali par l’ONU ?
PAR SIKOU BAH