Le président du Venezuela Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, après leur kidnapping et leur exfiltration suite à un raid de l’armée américaine ce samedi 3 janvier 2026, ont été inculpés et mis en examen par le tribunal fédéral du district sud de New York pour complot de narcoterrorisme, complot d’importation de cocaïne vers les États-Unis, possession de mitrailleuses et d’engins explosifs, ainsi que complot visant à utiliser ces armes contre les États-Unis.
Les autorités américaines, dans un immonde triomphalisme, indiquent que Nicolás Maduro et Cilia Flores devront répondre de ces chefs d’inculpation devant la justice des États-Unis, sur le sol américain. Wali gnema be mina ko siè, ka ta na yé !
Après le forfait de forces d’élites contre une nation souveraine dont le crime est d’avoir voulu être indépendante et jouir de ses ressources, le nouveau maitre du monde Donald Trump, sans aucun cynisme, s’autoproclame administrateur provisoire du pays : « Nous dirigerons le Venezuela en attendant une transition sûre ».
Min bisse min na, o ko minɛ (s’emparer de qui pourra). Mais où est la vérité ? Où est allé le droit dans notre monde dit libre ? Dans le cadre de la reprise de la politique de « maximum pressure » ou la pression maximale contre Maduro fin 2025 (sanctions renforcées, blocus pétrolier annoncé, discours sur la reprise du contrôle de l’or noir vénézuélien), le mercredi 17 décembre de l’année dernière, le président américain Donald Trump disait à propos du Venezuela : « They took our oil rights. We had a lot of oil there. They threw our companies out. And we want it back. » ( « Ils nous ont pris nos droits pétroliers. Il y avait beaucoup de pétrole là-bas. Ils ont chassé nos entreprises. Et nous voulons les récupérer. »)
Si parce qu’elle veut vivre dignement et jouir souverainement de ses ressources une nation se retrouve soudain traitée comme une menace stratégique légitime par les États-Unis, au nom d’un récit moral recyclé, d’une urgence fabriquée, d’une accusation devenue prétexte, que deviendra la paix mondiale ?
Min bisse min na, o ko minɛ (s’emparer de qui pourra). Si les intérêts économiques de l’Amérique et de l’Occident suffisent désormais à justifier une frappe contre un pays souverain, si la richesse du sous-sol, l’indépendance diplomatique et la proximité avec la Russie, la Chine ou l’Iran deviennent des crimes inexpugnables, alors la question n’est plus pourquoi cette attaque, mais qui sera le prochain, et selon quelles règles puisque manifestement, ce ne sont plus celles du droit, mais de la force brutale et bestiale.
Min bisse min na, o ko minɛ (s’emparer de qui pourra). Après ce coup contre la morale universelle, comment peut-on dire à nous Africains qu’on ne s’impose pas aux peuples et aux libres à coup de baïonnette, que les coups d’Etat sont un sacrilège et qu’ailleurs on s’interdise de les condamner, de les fustiger quand ils sont perpétrés au nom de la défense des intérêts économiques des prétendus puissants.
L’objectif à peine voilé de la politique de la canonnière est-il l’imposition d’un ordre idéologique conforme aux visions de la démocratie occidentale sur toute la planète ? Dès lors que les États-Unis s’affranchissent de la légalité, que dirons-nous à la Chine si elle renverse un régime qui lui déplait, en Corée, au Vietnam ou, à plus forte raison, à Taiwan ? Quels arguments aurons-nous à opposer à la Russie si elle renverse un gouvernement qui lui déplait en Moldavie, voire dans les Pays Baltes ?
Pour ceux qui n’ont pas compris, et qui s’arcboutent sur la tenue des élections comme fondement de la démocratie (Maduro était élu), Donald Trump prévient que ce qui est arrivé à Nicolás Maduro peut arriver à d’autres dirigeants… y compris en Afrique. Voici la démocratie, la vraie démocratie, telle que pratiquée par la plus grande démocratie occidentale du monde, la Mecque de l’Occident, telle qu’appelée de tous leurs vœux par ses partisans ici et maintenant comme le système qui va nous sauver, nous Maliens et Africains ?
Mais en vérité, c’est quoi la démocratie, celle que Trump, l’Union européenne, ne pratiquent pas. Selon Pierre Mendès France, “La démocratie, c’est beaucoup plus que la pratique des élections et le gouvernement de la majorité : c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire, c’est un code moral.” Sommes-nous désormais dans le cas ? Qui spolie les ressources des pays pauvres, l’Occident ou la Russie ? Allah Ka an progoto (puisse Allah nous sauver).
El Hadj Sambi Assa Touré