L’annonce du rachat, par le géant chinois Zijin Mining, de plusieurs mines d’or en Côte d’Ivoire, au Mali et en Éthiopie, via l’acquisition du groupe canadien Allied Gold pour près de 4 milliards de dollars, marque un tournant majeur dans la géopolitique minière africaine. Cette opération intervient dans un contexte de prix record de l’or, où le métal jaune redevient une valeur refuge stratégique face aux incertitudes économiques mondiales. Mais derrière l’ampleur des chiffres et la promesse d’investissements massifs, une interrogation centrale demeure : à qui profitera réellement cette ruée chinoise vers l’or africain ?

Pour la Chine, l’enjeu est clair. Il s’agit de sécuriser ses approvisionnements stratégiques, de renforcer sa chaîne industrielle et de consolider son influence économique sur le continent. En rachetant un acteur occidental déjà implanté, Zijin Mining évite les lourdeurs d’une implantation ex nihilo et s’inscrit dans une logique de continuité opérationnelle, tout en captant une rente minière à long terme. Dans ce schéma, l’Afrique apparaît souvent comme un fournisseur de ressources brutes, intégré à une chaîne de valeur largement externalisée.

Du point de vue des États africains, et particulièrement de notre pays, ces investissements peuvent représenter une opportunité réelle, à condition qu’ils soient encadrés par des politiques publiques fermes. Apports en capitaux, maintien ou création d’emplois, recettes fiscales, infrastructures locales : les bénéfices potentiels existent. Mais l’histoire récente montre que, sans contrats équilibrés, sans transparence et sans exigences de transformation locale, la majeure partie de la valeur ajoutée échappe à nos pays.

Notre pays, riche en or mais encore pauvre en retombées industrielles, est à la croisée des chemins. La transition en cours a ouvert un débat légitime sur la souveraineté économique, notamment dans le secteur minier. La question n’est donc pas de refuser les investisseurs étrangers, chinois ou autres, mais de changer les règles du jeu comme le Mali l’a fait : participation accrue de l’État, transformation locale du minerai, contenu local renforcé, protection de l’environnement et redistribution effective au bénéfice des communautés riveraines.
Pour les populations locales, trop souvent premières victimes des impacts environnementaux et sociales des mines, l’enjeu est vital. Sans mécanismes contraignants, la ruée vers l’or risque de reproduire un modèle extractif déséquilibré, où la richesse quitte le sol plus vite qu’elle n’améliore les conditions de vie.
En définitive, la présence chinoise dans l’or africain n’est ni une malédiction ni une panacée. Elle est un test de maturité politique et stratégique pour les États africains. Pour notre pays, c’est l’occasion de démontrer qu’un autre modèle minier est possible : un modèle où l’or ne brille pas seulement à l’exportation, mais éclaire durablement le développement national.

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