Le 28 février 2026 marque un tournant stratégique majeur : les États-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées contre l’Iran, dans le cadre des opérations « Operation Epic Fury » et « Roaring Lion ». À Washington, le président Donald Trump a présenté l’offensive comme une action préventive visant à neutraliser une menace nucléaire et à « mettre fin au régime islamique ». À Tel-Aviv, le gouvernement de Benjamin Netanyahu évoque une nécessité existentielle face au programme balistique iranien.
Pourtant, derrière l’argument sécuritaire, la logique géopolitique est plus vaste. L’Iran n’est pas seulement un acteur régional : il est un pivot énergétique et stratégique reliant le Moyen-Orient à l’Asie centrale et à l’Asie-Pacifique. Son influence en Irak, en Syrie et au Liban, notamment via le Hezbollah, constitue depuis des années un point de friction majeur avec Israël et les États-Unis. La guerre actuelle apparaît ainsi comme l’aboutissement d’une stratégie d’endiguement, voire de changement de régime, assumée publiquement par Washington.
Les conséquences immédiates sont déjà visibles : ripostes iraniennes contre des bases américaines dans le Golfe, interceptions de missiles au-dessus de la Jordanie, mobilisation de forces alliées. L’escalade régionale est une réalité. Plus grave encore, le risque d’embrasement du détroit d’Ormuz — par où transite près d’un cinquième du pétrole mondial — pourrait provoquer un choc énergétique global, avec flambée des prix, inflation importée et tensions sur les marchés financiers.
Sur le plan nucléaire, le paradoxe est frappant : une opération présentée comme destinée à freiner la prolifération pourrait au contraire accélérer la militarisation stratégique iranienne. Face à une menace existentielle, Téhéran pourrait considérer qu’un seuil de dissuasion explicite devient indispensable, déclenchant une course régionale aux armements.
Au-delà des calculs militaires, cette guerre pose une question morale et politique. Peut-on imposer la stabilité par les bombes ? L’histoire récente de l’Irak ou de la Libye invite à la prudence. L’Iran, puissance civilisationnelle dotée d’institutions structurées depuis 1979, ne s’effondrera pas mécaniquement.
Refuser la logique de l’escalade n’est pas naïveté, mais lucidité stratégique. Le désarmement nucléaire global et la relance d’un cadre diplomatique multilatéral demeurent les seules issues responsables. La guerre n’est pas la solution : elle est le problème.