Cinq ans après la rectification de la Transition du 24 mai 2021, les autorités maliennes dressent un bilan qu’elles jugent globalement positif sur plusieurs chantiers jugés prioritaires pour la refondation de l’État. Arrivés au pouvoir dans un contexte marqué par une profonde crise sécuritaire, institutionnelle et politique, les dirigeants de la Transition ont fait de la souveraineté nationale, du renforcement des capacités militaires et de la réforme des institutions les piliers de leur action. Depuis lors, plusieurs décisions majeures ont été prises, notamment la réorientation de la diplomatie malienne, la montée en puissance des Forces armées maliennes, l’adoption d’une nouvelle Constitution et le redéploiement progressif de l’administration dans certaines zones du territoire. Le pouvoir met également en avant la résilience de l’économie nationale face aux sanctions régionales et aux contraintes budgétaires liées à l’effort de guerre. Toutefois, si ces acquis sont régulièrement présentés comme les marqueurs d’un nouveau Mali, leur portée réelle continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion publique et parmi les observateurs.

La reconquête de la
souveraineté politique
L’un des principaux acquis revendiqués par la Transition réside dans la reconquête de la souveraineté politique et diplomatique du Mali. Depuis 2021, les autorités ont progressivement imposé un nouveau récit national fondé sur l’autonomie stratégique, la dignité nationale et le rejet de toute forme de tutelle extérieure.
Cette orientation s’est traduite par une redéfinition profonde des relations internationales de notre pays. La Transition présente ces décisions comme des actes historiques destinés à restaurer la capacité du Mali à décider librement de ses choix sécuritaires, diplomatiques et politiques.
À travers ce discours souverainiste, la Transition a réussi à mobiliser une partie importante de l’opinion publique autour d’un sentiment de fierté nationale retrouvé. Toutefois, cette souveraineté politique reste confrontée à plusieurs défis, notamment les contraintes économiques, les dépendances structurelles et la complexité des rapports géopolitiques internationaux.

Le renforcement des FAMa
Le renforcement des Forces armées maliennes constitue l’un des acquis les plus visibles de la Transition dirigée par Assimi Goïta. Depuis 2021, les capacités opérationnelles des FAMa ont connu une évolution significative à travers l’acquisition de nouveaux avions de combat, drones armés, hélicoptères, blindés et systèmes d’artillerie. Cette montée en puissance a profondément modifié la capacité de projection de l’armée malienne, notamment dans les régions du Nord et du Centre. Les opérations militaires menées à Kidal, Tessalit, Aguelhok ou Anefis sont régulièrement présentées par les autorités comme les symboles de cette nouvelle dynamique offensive.
Parallèlement, la coopération sécuritaire au sein de l’Alliance des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger renforce la coordination régionale contre les groupes armés terroristes. Toutefois, malgré cette progression militaire, les défis liés à la guerre asymétrique, au financement durable de l’effort de défense et à la stabilisation des territoires reconquis demeurent considérables.

Le retour progressif de l’État dans certaines zones
Le redéploiement progressif de l’administration et des Forces armées maliennes dans plusieurs localités du Nord constitue l’un des acquis symboliques les plus mis en avant par les autorités de Transition. Après le retrait de la MINUSMA et la reprise de villes stratégiques comme Kidal, Ber, Tessalit ou Aguelhok, notre pays cherche à réaffirmer concrètement l’autorité de l’État sur des territoires longtemps échappés au contrôle central.
Le retour des préfets, des services administratifs, des écoles et de certaines structures sanitaires est présenté comme le signe d’une reconquête progressive de la souveraineté nationale. Toutefois, la stabilisation durable de ces zones reste fragile face aux défis sécuritaires persistants et aux difficultés logistiques de l’État.

La réforme institutionnelle
La réforme institutionnelle constitue l’un des principaux axes politiques de la Transition. À travers l’adoption d’une nouvelle Constitution, les autorités affirment vouloir reconstruire un État plus fort, plus stable et mieux adapté aux réalités sécuritaires et politiques du pays.
Cette dynamique de refondation s’accompagne d’une restructuration de plusieurs dispositifs administratifs, électoraux et judiciaires. Les autorités présentent ces réformes comme une rupture avec les dysfonctionnements institutionnels des précédents régimes et comme une tentative de restaurer l’autorité publique.
Toutefois, derrière cette volonté de transformation, plusieurs défis demeurent : application effective des réformes, modernisation de l’administration et capacité réelle des nouvelles institutions à répondre durablement aux attentes des populations.

La résilience économique
L’un des acquis les plus souvent mis en avant par les autorités de Transition concerne la capacité de notre pays à résister aux chocs économiques et financiers survenus depuis 2021. Malgré les sanctions imposées par la CEDEAO et l’UEMOA, les tensions diplomatiques, l’augmentation des dépenses militaires et un contexte géopolitique régional instable, l’État malien a réussi à éviter un effondrement financier majeur.
Au chapitre des réussites, il faut citer notamment le maintien du fonctionnement de l’administration publique, le paiement régulier des salaires et une certaine stabilité macroéconomique malgré la pression budgétaire. Notre pays met également en avant la mobilisation accrue des recettes internes et la résilience du secteur aurifère.
Toutefois, derrière cette stabilité relative, les fragilités demeurent importantes : dépendance aux importations, inflation persistante, pression sociale élevée et faibles capacités industrielles. La résilience économique affichée reste donc encore largement défensive et dépend fortement de la capacité du pays à transformer durablement ses bases productives.

A suivre

 

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