Le bilan des engagements pris par les autorités de la Transition depuis la rectification du 24 mai 2021 révèle une trajectoire ambitieuse, mais soumise à d’importantes forces de friction. En plaçant la rupture doctrinale et la souveraineté au cœur de leur action, le Général d’armée Assimi Goïta et son gouvernement ont initié des chantiers d’envergure pour redéfinir l’avenir du pays. Sur les plans sécuritaire et institutionnel, la montée en puissance des FAMa et la promulgation d’une nouvelle Constitution incarnent cette volonté de refondation structurelle. Cependant, le passage des promesses politiques aux réalités économiques et sociales se heurte à des contraintes structurelles majeures. L’élan d’industrialisation locale, la lutte contre l’impunité et la promesse d’une justice sociale font face à l’inflation, au chômage endémique des jeunes et à une crise énergétique aiguë. Dès lors, le principal défi de la Transition consiste à transformer ces récits fondateurs en impacts concrets, capables d’alléger durablement le quotidien des populations maliennes.

Sur le plan sécuritaire
Depuis la rectification du 24 mai 2021, la question sécuritaire constitue le principal socle de légitimité des autorités dirigées par Assimi Goïta. Dans les différentes adresses à la nation, la transition présente la montée en puissance des Forces armées maliennes (FAMa) comme la condition indispensable à la survie de l’État et à la reconquête de la souveraineté nationale.
Les engagements annoncés reposent sur une rupture assumée avec les anciennes doctrines sécuritaires jugées dépendantes des partenaires étrangers. Les autorités militaires de la transition ont promis alors une armée plus autonome, plus offensive et capable d’assurer seule la défense du territoire national. Cette ambition se traduit rapidement par des acquisitions massives d’équipements militaires : avions de combat, drones, hélicoptères, blindés, radars et systèmes d’artillerie. La communication officielle a mis fortement en scène ces livraisons d’armements, devenues des symboles de souveraineté retrouvée.
Parallèlement, la Transition a engagé une restructuration progressive de l’appareil militaire. Les annonces portant sur la création d’une École de guerre, le renforcement du service national, la mise en place d’une réserve militaire et l’amélioration des conditions de vie des soldats participent d’une stratégie plus large de professionnalisation des FAMa. L’État a investi également dans des infrastructures militaires, notamment des logements sociaux et un hôpital militaire destiné à renforcer la prise en charge des blessés de guerre.
Sur le terrain, ces engagements ont permis une montée en puissance visible des capacités opérationnelles maliennes et le redéploiement des FAMa dans plusieurs zones stratégiques du Nord. Toutefois, derrière cette dynamique militaire, les défis restent considérables : guerre asymétrique persistante, coût financier élevé des opérations, dépendance logistique extérieure et nécessité de maintenir durablement l’autorité de l’État dans les territoires reconquis.

Sur le plan institutionnel
Au-delà du volet sécuritaire, la transition conduite par le général d’armée Assimi Goïta a placé la réforme institutionnelle au cœur de son projet politique. Dans les discours officiels, les autorités ont présenté la crise malienne comme la conséquence d’un effondrement progressif de l’État, fragilisé par la corruption, l’impunité, la mauvaise gouvernance et la perte de confiance des citoyens envers les institutions publiques.
Pour répondre à cette crise de légitimité, les autorités de la transition ont engagé une vaste dynamique de « refondation ». Les Assises Nationales de la Refondation (ANR) sont devenues ainsi le principal cadre politique destiné à redéfinir les bases institutionnelles du pays. Les recommandations issues de ces consultations ont servi ensuite de justification à plusieurs réformes majeures, notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution, la réforme du système électoral et la création d’un organe unique de gestion des élections.
La Transition a mis également l’accent sur le renforcement de l’appareil judiciaire. La création du Pôle économique et financier, des structures spécialisées de lutte contre la corruption et les réformes du Code pénal ont été présentées comme des instruments destinés à restaurer l’autorité de l’État et à lutter contre l’impunité.
Toutefois, derrière les annonces institutionnelles, plusieurs interrogations demeurent. Les réformes engagées permettront-elles une véritable transformation des pratiques de gouvernance ? La justice pourra-t-elle fonctionner de manière totalement indépendante dans un contexte de forte concentration du pouvoir ? Et surtout, la refondation annoncée parviendra-t-elle à restaurer durablement la confiance entre l’État et les citoyens ?

Sur le plan économique
Les autorités de Transition ont progressivement développé un discours centré sur la souveraineté économique et la réduction de la dépendance extérieure. Dans les différentes prises de parole, elles ont présenté l’économie malienne comme excessivement vulnérable aux influences extérieures, aux importations et aux fluctuations géopolitiques régionales.
Face à ce constat, la Transition a promis une réorientation stratégique fondée sur l’industrialisation, la transformation locale des matières premières et l’autosuffisance alimentaire. Les autorités ont, à cet effet, annoncé plusieurs projets emblématiques : relance de la COMATEX, création d’une raffinerie d’or, usine de filature de coton, société minière d’État et accélération du projet du barrage de Taoussa. L’objectif affiché est clair : produire localement, créer de la valeur ajoutée et renforcer l’autonomie économique et énergétique du pays. Dans le secteur agricole, le discours officiel insiste également sur la mécanisation, le soutien au coton et la modernisation des filières rurales afin de réduire l’insécurité alimentaire.
Mais derrière cette ambition souverainiste, les contraintes restent importantes : faibles capacités industrielles, dépendance budgétaire, pression sécuritaire, insuffisance énergétique et difficultés d’accès aux financements. Plusieurs projets annoncés demeurent encore au stade des intentions ou des études. Le défi pour la Transition consiste désormais à transformer ce discours de souveraineté économique en réalisations concrètes capables d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.

Sur le plan social
Depuis le 24 mai 2021, la question sociale apparaît comme l’un des principaux leviers de légitimation de la transition. Les autorités reconnaissent régulièrement que les crises sécuritaires et économiques ont profondément fragilisé les conditions de vie des populations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’emploi des jeunes.
Face à cette situation, plusieurs engagements ont été annoncés : amélioration du système éducatif, renforcement des infrastructures sanitaires, lutte contre la vie chère et promotion de la justice sociale. Les États généraux de l’éducation sont présentés comme une étape majeure pour repenser un secteur marqué par les grèves répétitives, les fermetures d’écoles dans les zones d’insécurité et la baisse du niveau scolaire.
Dans le domaine sanitaire, la Transition a mis en avant la réhabilitation d’hôpitaux, l’acquisition d’ambulances et le recrutement de personnels médicaux. Des subventions sur certains produits de première nécessité ont été également annoncées afin d’atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages.
Mais malgré ces annonces, les difficultés sociales demeurent profondes. Le chômage massif des jeunes, la hausse du coût de la vie, les coupures d’électricité et les insuffisances des services publics continuent d’alimenter les frustrations. Derrière le discours de justice sociale, le principal défi pour les autorités reste donc la capacité à produire des résultats visibles et durables dans le quotidien des populations, particulièrement dans un contexte où les dépenses sécuritaires et énergétiques absorbent une part importante des ressources nationales.
A suivre

 

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