Les producteurs entre assurances et inquiétudes
Lors d’une rencontre tenue cette semaine, le Président Directeur Général de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CMDT), Kouloumégué DEMBÉLÉ, a apporté des éclaircissements sur le déroulement de la campagne cotonnière, l’approvisionnement en intrants agricole et le retard de paiement des cotonculteurs. Ses explications, bien qu’elles se veuillent rassurantes, contrastent avec la réalité vécue sur le terrain par les producteurs. Pour preuve, au moment où la saison des plusieurs bat son plein tous les engrais ne sont pas encore arrivés à destination et pire beaucoup de paysans attendent leurs argents de la campagne écoulée.
Le PDG a d’abord affirmé que la campagne cotonnière se déroulait normalement, annonçant que les prévisions de superficie cultivée ont atteint 38,3%, soit une amélioration par rapport à l’année précédente.
Concernant le retard de paiement des cotonculteurs pour la campagne écoulée, M. DEMBÉLÉ a reconnu que la situation suscite de vives inquiétudes. Selon lui, cela est normal, car la logique voudrait que le travailleur perçoive son salaire juste après son travail.
Les problèmes
« Naturellement, le retard entraine des difficultés. Le cas que la CMDT traverse cette année n’est pas normal, mais ce n’est pas la première fois que cela arrive. Notre souhait est que cela n’arrive plus jamais encore », a affirmé le PDG de la CMDT.
Il a informé que 63,88% des cotonculteurs ont déjà été payés et que des réflexions sont en cours pour payer le reste dans un bref délai.
Kouloumégué DEMBÉLÉ a indiqué que lors de la réunion interministérielle d’aujourd’hui (ce vendredi 27 juin), la question sera décortiquée. Le PDG a rassuré que ce vendredi les banques débloqueront l’argent des cotonculteurs et que dans la semaine la CMDT mettra l’argent à la disposition des paysans. Il a donné l’assurance qu’avant la fin de la première semaine du mois de juillet, tous les paysans auront leurs argents.
Qui parle de culture du coton parle forcément des intrants et précisément de l’engrais chimique. Cette année, l’insuffisance d’engrais dans les magasins des associations villageoises a suscité beaucoup d’inquiétude dans le monde rural. Cela se comprend quand on sait que la réussite du coton dépend en grande partie de l’utilisation de l’engrais en quantité et au bon moment.
Sur cette question, le PDG de la CMDT a expliqué que la date du 25 juin avait été fixée pour que tous les fournisseurs livrent leur quota. Selon lui, lors d’une réunion tenue le 24 juin, tous les fournisseurs qui n’ont pas pu honorer leur engagement ont été classés comme des fournisseurs défaillants. Le PDG a précisé que les quotas non livrés seront retirés et remis à d’autres fournisseurs.
Il a insisté à dire que la condition est que les nouveaux fournisseurs livrent les engrais à la date indiquée. Il a informé que sur les 8 fournisseurs retenus, certains ont été écartés.
Enfin, le PDG a rassuré que la campagne se passe bien, même si des difficultés existent.
Le désarroi des producteurs
En revanche, plusieurs cotonculteurs de Koutiala et de Dioïla estiment que la campagne en cours s’annonce périlleuse à cause des difficultés de non-paiement et la non-disponibilité en quantité suffisante de l’engrais.
« Sans engrais, il est impossible de suivre une campagne cotonnière. Ici, à Koutiala, j’étais obligé de payer 15 sacs d’engrais à 26 000 FCFA par unité dans le souci de démarrer la campagne. Un prix qui me revient très cher. Mais que faire à défaut d’avoir des engrais subventionnés par l’Etat », a indiqué un paysan de Koutiala, expliquant qu’enfouir l’engrais dans un champ doit obéir à des exigences de calendrier.
« Il y a des promesses que les engrais sont en route. Donc, ils viendront en retard. C’est comme la mort après le médecin. Ils n’auront pas d’impact positif sur le rendement de la culture », a-t-il déploré.
Selon lui, à cause de cette situation, de nombreux cultivateurs de coton se sont retournés vers les cultures vivrières comme le maïs, le mil, entre autres. « Au moins, ils auront de quoi subvenir à la charge alimentaire de leur famille et vendre l’excédent », a signalé notre interlocuteur, avant de pester : « On ne peut pas comprendre que des responsables de la CMDT peinent à trouver des solutions permettant aux cotonculteurs d’avoir leur argent à temps ».
Dans le secteur de Massigui dans la nouvelle région de Dioïla, le problème est presque similaire. Ici, le taux de paiement de l’argent des cotonculteurs à la date du début juin était estimé à 20%. Sur les 128 organisations paysannes, seulement 40 ont été payées. Cependant, si Koutiala se plaint de la faible quantité d’engrais pour le coton, Massigui est, par contre, confrontée à une insuffisance d’engrais pour les céréales.
« À cause de cette situation, les gens ont été obligés de revoir leur ambition à la baisse. Notre famille à une superficie de 8 hectares. Cette année, nous n’allons cultiver que 4 hectares, soit la moitié », a affirmé une source contactée par nos soins.
Selon lui, ces crises en répétition dans ce secteur sont en train de démotiver des cotonculteurs les poussant à la découverte d’autres cultures. « Maintenant, beaucoup s’intéressent à la culture du sésame au détriment du coton parce qu’ils ne croient plus à ce système qui offre peu de garantie », a commenté notre source.
Malgré l’optimisme affiché par la direction de la CMDT, les acteurs de terrain, dont les efforts placent le Mali parmi les meilleurs producteurs de coton d’Afrique, voient leur avenir s’assombrir.
Mais entendant, espérons que les promesses du PDG soient honorées pour sauver les meubles. En tout cas, si ce n’est pas trop tard.
SIKOU BAH ET MODIBO KONÉ