Sur la foi des statistiques de l’Union monétaire disponibles, le taux d’accès à l’électricité dans notre pays était de 53,6 % en 2021. Les derniers chiffres disponibles dans des bases de données internationales sur les questions d’énergie datant de 2020 font état d’un taux d’accès à l’électricité de 50,56 % (base de données de la Banque mondiale) et de 51 % (rapport sur les progrès énergétiques 2022). Puisque depuis, trois ans, notre pays traverse la crise énergétique la plus aiguë de son histoire, il est fort à parier que le taux d’électrification de couverture n’a pas augmenter outre mesure.
Pour certains experts, l’accès à l’électricité désigne le pourcentage de personnes dans une zone donnée qui ont un accès relativement simple et stable à l’électricité. On peut également l’appeler le taux d’électrification. Selon la Direction nationale de l’Énergie du Mali (EDM SA) l’accès au service de l’électricité est exprimé par les termes suivants qui sont souvent synonymes : taux de couverture géographique, taux de desserte, taux d’électrification ou simplement taux d’accès à l’électricité. Selon elle, le taux d’accès de la population à l’électricité se définit comme « le nombre de personnes ayant accès à l’électricité par rapport à la population totale ».
Selon le rapport sur le secteur intitulé « Chiffres clés sur l’énergie au Mali et dans l’espace Uemoa » publié en 2019 par le Système d’information énergétique (SIE-Uemoa) le taux d’accès à l’électricité dans ce pays sahélien était compris entre 40 et 60 %.
Comment avec un taux de couverture dérisoire de 53%, notre pays n’arrive pas à s’en sortir tandis que d’autres en Afrique même caracolent avec 95% et ne connaissent pas les problèmes qui sont les nôtres ? L’interrogation n’est pas nouvelle, de même que les tentatives d’explication.
La courte échelle a toujours été la forte demande en électricité en constante hausse et les capacités de production de EDM qui s’amenuisent. Sauf qu’on occulte que sous le poids d’une dette de plus de 600 milliards, il n’y a pratiquement aucun investissement depuis près de 30 ans. La société EDM souffre de sa dépendance croissante aux énergies fossiles et a été plombée par l’Etat qui l’a astreint à pratiquer des tarifs sociaux insoutenables ; et l’Etat lui-même ne paie pas ses dettes à EDM.
Le réseau électrique de notre pays qui avait longtemps reposé sur l’électricité issue des barrages et des centrales hydrauliques (sous la dictature), mais, faute d’investissements (de la part des politiciens de 1991 à 2020), il tourne aujourd’hui majoritairement avec des unités thermiques vétustes. Des infrastructures dont l’alimentation en hydrocarbures a été mise à mal par l’envolée des prix du pétrole dans le sillage de l’invasion russe en Ukraine.
Pour améliorer la situation financière de la compagnie d’électricité et éviter une augmentation des tarifs, l’Etat a adopté des mesures telles que « l’annulation d’une partie de la dette fiscale à hauteur de 24 milliards de francs CFA et l’apurement de la créance d’EDM vis-à-vis [du groupe burkinabé Sopam Energie], pour un montant de 21 milliards de francs CFA », souligne le rapport du BVG. Un coup d’épée dans l’eau !
Comment s’en sortir. Les autorités de la transition prospectent plusieurs pistes. Elles espèrent sortir de la crise en se retournant vers l’hydraulique (réparer Manantali) et le photovoltaïque, encore sous-exploités.
Après le lancement des travaux de construction des centrales solaires de Tiakadougou-Dialakoro, de Safo, les autorités ont lancé les travaux de construction de la plus grande centrale solaire du pays d’une capacité de 200 mégawatts en mai dernier à Nyenguékoro (commune rurale de Sanankoroba, cercle de Kati). Des projets sont aussi à l’étude avec des partenaires russes, notamment avec l’agence russe de l’énergie atomique Rosatom avec lequel notre pays a signé, en octobre 2023, un protocole d’accord pour une collaboration dans le domaine de l’énergie nucléaire.
Mais quand on demande à EDM quelle est la solution immédiate de la crise énergétique dans notre pays, elle répondra sans ambages que pour couvrir les besoins en électricité pour l’année 2025, il faudra plus de 500 millions de litres de combustibles, pour une valeur d’environ 310 milliards de Fcfa. Toutes choses qui ne sont ni au-dessus de notre résilience, de notre quête de souveraineté, de notre fierté de malien ni au-dessus de notre ambition d’émergence. On ne peut être l’icône de la renaissance africaine et adulé partout sur le continent, et accepter de vivre dans le noir comme au moyen-âge, au temps de Biton ou au temps de Soundjata.
Aujourd’hui notre nation fait face à une grave crise plus grave que la crise sécuritaire, la crise d’électricité avec des délestages pouvant aller jusqu’à 18 heures par jour. ‘’Dibi magni’’. Elle engendre tout dont l’insécurité, et ‘’kunfinnya’’.
Arrêtons de casser le sucre sur le dos de EDM-SA et prospectons ensemble les pistes envisageables en posant les bons diagnostics.
La crise énergétique que nous vivons résulte comme nous l’avons évoqué plus haut d’un faible niveau d’investissement dans le secteur accompagné d’une hausse de la demande d’électricité liée à l’évolution démographique dans le pays et dans une faible mesure de la crise ukrainienne.
Selon EDM-Sa, le recours aux thermiques a atteint « 70 % de la production énergétique contre seulement 17 % il y a 20 ans », ce qui représente un coût très élevé pour la compagnie nationale. N’oublions pas que la demande d’électricité augmente d’environ 12 % par an, ce qui dépasse de loin l’augmentation de l’offre.
Solution : il faut investir dans EDM, faire confiance en EDM, donner les moyens de son développement à EDM. Et ce n’est pas la mer à boire.
PAR MODIBO KONÉ