48 heures après avoir présenté son Plan d’action du gouvernement (PAG) 2025-2026, le Premier ministre, Abdoulaye MAÏGA, était à nouveau, ce lundi 19 mai 2025, face aux membres du Conseil national de Transition (CNT) pour répondre à leurs interrogations. A l’issue d’une journée de débat, l’organe législatif de la transition a adopté le PAG couvrant la période 2025-2026.
Cette session a permis d’aborder des préoccupations majeures des populations soulevées par des membres du CNT.
L’énergie, la sécurité alimentaire, l’insécurité, la prévention des inondations, l’éducation, le processus de paix, la santé, la migration irrégulière, l’accès aux documents administratifs ainsi que les défis économiques ont été au cœur des débats, révélant la complexité des problèmes structurels auxquels le Mali est confronté.
En réponse à ces problématiques, le Premier ministre, dans son propos introductif, a tenu à saluer l’intérêt porté par les membres du CNT aux préoccupations nationales, y voyant une preuve de leur bienveillance.
« Ces réactions témoignent de l’attachement des honorables membres du CNT aux aspirations de nos compatriotes », a-t-il déclaré.
Face à certaines préoccupations pourtant précises, le chef du gouvernement reste évasif sur, notamment les accords passés par les populations avec les groupes terroristes.
En effet, en l’absence des forces armées sur certaines parties du territoire national, des communautés, pour avoir la vie sauve, pactisent avec les terroristes auxquels elles paient des zakats, entre autres.
Pour garantir la sécurité des établissements, le gouvernement met en œuvre la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, avec la création de comités dédiés à son opérationnalisation. Par ailleurs, des programmes éducatifs d’urgence ont été conçus en partenariat avec divers acteurs pour répondre aux besoins des enfants déplacés internes. Ces initiatives sont soutenues par l’allocation de fonds d’urgence spécifiques à l’éducation.
Interpellé sur les dispositions prises pour rouvrir les écoles fermées, notamment dans les zones de conflit, le Premier ministre a mis en avant une stratégie globale. Celle-ci repose sur le retour de l’administration dans ces régions, assuré par la sécurisation des forces armées et de sécurité.
« Le dialogue communautaire, qui mérite d’être renforcé, joue un rôle clé dans cette démarche », a-t-il souligné, plaidant pour une mobilisation collective des acteurs locaux.
D’ailleurs, il a affirmé que ce souci est pris en compte par l’opération DOUGOUKOLO KO.
Apurement des dettes
Par ailleurs, pour relancer l’économie nationale et soulager les entreprises nationales en crise de trésorerie, le Premier ministre MAÏGA a indiqué que son équipe est engagée à accompagner les entreprises par apurement de leurs factures, tout en soutenant des actions génératrices de revenus et la création d’emplois, à travers le Fonds de garantie du secteur privé.
Illustrant ces propos, il a rappelé qu’entre juin 2022 et fin 2023, plus de 1 103 milliard de FCFA de dettes fournisseurs ont été apurées. Cet effort a été poursuivi en 2024 avec 1 187 milliard de FCFA de paiements. Ces initiatives, couplées à la mise en œuvre de la vision Mali-Kura, visent à renforcer la résilience économique et à promouvoir un développement durable.
Au-delà des dettes fournisseurs, le gouvernement entend honorer ses engagements en matière de dépenses prioritaires. En 2024, a avancé le chef du gouvernement, les dépenses de personnel de l’État, des collectivités et des établissements publics se sont élevées à 963 milliards de francs CFA, payées de manière régulière.
Par ailleurs, le service de la dette publique a été assuré avec rigueur, avec 194 milliards de francs CFA alloués à la dette extérieure et 814 milliards à la dette de marché.
Ces chiffres montrent une discipline budgétaire visant à maintenir la crédibilité de l’État, tant sur le plan national qu’international.
Le Premier ministre a ensuite rappelé que le niveau élevé de la dette fournisseur trouve son origine dans les sanctions imposées par l’UEMOA et la CEDEAO en 2022, qui ont privé le Trésor public d’accès au marché financier régional pendant les sept premiers mois de l’année.
À cela s’est ajouté, depuis 2023, un resserrement de la politique monétaire de la BCEAO, engendrant des tensions de liquidité dans le système bancaire.
« Ces contraintes externes ont lourdement pesé sur notre économie, mais elles n’ont pas entravé notre détermination à trouver des solutions endogènes », a-t-il affirmé.
Pour surmonter ces défis, le gouvernement a mis l’accent sur la mobilisation accrue des ressources intérieures.
Un programme spécial d’apurement de la dette intérieure, lancé en octobre 2024, a permis d’injecter 420 milliards de francs CFA dans l’économie grâce à des négociations fructueuses avec les sociétés minières.
Cette initiative, combinée à une maîtrise du déficit budgétaire et à une couverture satisfaisante de ce dernier sur le marché financier, constitue le socle de la stratégie gouvernementale pour réduire la dette intérieure et stabiliser l’économie.
La fin de la crise énergétique d’ici à fin 2025
Abordant les questions traitant le cadre de vie de la population, le général Abdoulaye MAIGA a reconnu les limites de la gestion actuelle des déchets à Bamako, où la décharge de Noumoubougou repose sur un simple enfouissement.
« Cette solution ne permet pas de traiter la problématique de l’assainissement de manière exhaustive », a-t-il regretté, soulignant pourtant que la transformation des déchets solides et liquides représente une opportunité majeure pour créer des richesses.
Pour illustrer cette ambition, le Premier ministre a évoqué une étude de faisabilité déjà réalisée pour l’installation d’une usine de transformation des déchets à ladite décharge. Ce projet, porté en partenariat avec le secteur privé, vise à traiter jusqu’à 1 400 tonnes d’ordures par jour, avec une production énergétique potentielle de 40 MW.
« Cette usine contribuerait à approvisionner Bamako en énergie renouvelable, tout en répondant aux enjeux environnementaux et économiques », a-t-il précisé.
Dans la même veine, alors que le ministre de l’Energie et de l’eau a annoncé la réhabilitation du contrat avec Albatros qui avait été résilié par son prédécesseur, le Premier ministre affirme, en revanche, que les discussions avec l’entreprise sont en cours qui pourraient aboutir à de bons résultats.
Selon lui, revenir sur ce contrat atteste la volonté du gouvernement d’apporter des réponses concrètes à la crise énergétique qui secoue le pays depuis deux ans. Espérant sur des initiatives en cours, le Premier ministre a déclaré la fin du calvaire énergétique d’ici à la fin de 2025. Une nouvelle promesse du gouvernement. Nous y reviendrons.
PAR SIKOU BAH