Après de nombreux rebondissements, la Cour d’assises spéciale de Bamako a rendu son verdict, ce mardi 8 juillet 2025, dans l’affaire de malversation financière liée à l’achat de l’avion présidentiel et d’équipements militaires. Le jugement a abouti à des acquittements ainsi qu’à des condamnations d’emprisonnement. Ainsi, Mme BOUARE Fily SISSOKO et le Colonel Major Nouhoum DABITAO écopent respectivement 10 ans et 7 ans de prison ferme. Les lourdes sanctions ont été réservées à l’opérateur Sidi Mohamed KAGNASSY et à Moustapha Ben BARKA, ancien secrétaire général de la présidence. Ces deux jugés par contumace ont été condamnés à la réclusion à perpétuité.
Plus de dix années après les faits, les coupables sont connus dans le procès dans l’«Affaire de l’avion d’IBK », qui, depuis son origine, agite la vie politique malienne tel un serpent de mer. Le pays tout entier attendait que la vérité éclate dans la rigueur du droit et l’équité des procédures.
Ainsi, au terme des plaidoiries, la Cour spéciale de Bamako a prononcé des peines à l’encontre des principaux auteurs et acquitté d’autres.
Au terme d’un procès marathon, les verdicts sont enfin tombés, ce mardi 8 juillet 2025, l’affaire de l’achat de l’avion présidentiel et des équipements militaires, dont les faits remontent en 2014, année dédiée à l’époque de la lutte contre la corruption. Dans ces deux procédures, plusieurs milliards de FCFA ont été engloutis dans la magouille.
Au terme de procès à rebondissement, la Cour d’assises spéciale a condamné l’ancienne ministre du Budget Mme BOUARE Fily SISSOKO à 10 ans de prison ferme alors qu’elle était en prison depuis 4 ans. Elle était accusée d’approuver notamment ces marchés en violation des textes en vigueur sur la passation des marchés publics. Elle est aussi condamnée à payer 500 000 F d’amende.
De son côté, le Colonel Major Nouhoum DABITAO écope de 7 ans de prison ferme et à payer 300 000 F d’amende, lui qui séjourne dans les prisons depuis plus de deux ans maintenant.
Mais la justice a eu la main très lourde contre l’ancien ministre Moustapha Ben BARKA et l’opérateur économique Sidi Mohamed KAGNASSI ainsi que les frères KOUMA qui écopent, eux, de la perpétuité, après un jugement par contumace.
Ce procès, l’un des plus scrutés de ces dernières années, touche à plus de 88 milliards de FCFA de contrats controversés, impliquant des anciens hauts responsables de l’État.
Il cristallise les attentes citoyennes autour de la reddition des comptes, du respect des procédures de passation de marchés publics et de la lutte contre l’impunité dans la gestion des ressources de l’État.
L’ancien ministre Mamadou CAMARA et le général DRABO acquittés
Dans ce procès, l’ancien ministre et ex-directeur de cabinet du président Ibrahim Boubacar Keïta, Mahamadou CAMARA, a été déclaré non coupable par la Cour d’assises spéciale, dans le volet relatif aux équipements militaires. La même Cour a aussi déclaré le général de brigade Moustapha DRABO non coupable des faits de faux et usage de faux ainsi que d’atteinte aux biens publics dans l’affaire des équipements militaires.
Cet ancien ministre sous le régime de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, renversé par un coup d’État le 18 août 2020 avait été poursuivi par la chambre d’accusation de « complicité de favoritisme » dans le dossier dit de l’achat de l’avion présidentiel et d’équipements militaires acquis en 2014.
Il lui est reproché d’avoir délivré un mandat à l’entrepreneur Sidi Mohamed KAGNASSI, qui ne comporte aucun ordre ni visa du président Ibrahim Boubacar KEÏTA, dans le cadre de l’acquisition des équipements militaires. Un mandat que la partie civile, représentée par le Contentieux de l’État, a qualifié d’élément déclencheur de l’affaire.
Dans sa défense, Mahamadou CAMARA a déclaré avoir été instruit par le président Ibrahim Boubacar KEÏTA de donner un mandat à Sidi Mohamed KAGNASSI afin de certifier qu’il est en mission du chef de l’État dans le cadre de l’équipement de l’armée malienne. Il a ensuite affirmé avoir obéi à l’instruction du président IBK.
“J’ai agi exclusivement sous les ordres du président de la République et de l’intérêt général. En aucun cas, je n’ai agi à mon nom et je ne me sens coupable de rien”, a-t-il rétorqué aux avocats en septembre 2024.
Avant cet acquittement, CAMARA avait été inculpé pour les mêmes faits le 27 mars 2020, puis relâché par l’ancien procureur de la commune III, du district chargé du pôle économique et financier de Bamako, Mamadou KASSOGUE, actuel ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux.
Aussi, le cas de Mahamadou Camara pourrait devenir un tournant, symbolisant soit un tournant vers une justice plus équitable, soit une persistance des ingérences politiques dans les affaires judiciaires.
Le rapport du Vérificateur général met en lumière plusieurs irrégularités, notamment un double paiement de 939 millions de F CFA pour le transport des équipements depuis la France.
Une disparité de facturation sur le volet formation, initialement prévu à 14 millions de F CFA, mais finalement porté à 23 millions de FCFA.
Le général Drabo rejette ces chiffres, affirmant que les 281 véhicules prévus dans le protocole Guo Star ont bien été livrés et enregistrés. Il a présenté à la Cour la liste du personnel formé à l’utilisation des équipements, le registre d’immatriculation des 281 véhicules militaires.
Ces arguments semblent avoir finalement convaincu la justice qui a décidé de le relaxer.
Ce procès prend ainsi fin sans que l’ancien Premier ministre, Soumeylou Boubèye MAIGA, décédé en détention, puisse prouver son innocence tant clamée devant la justice.
Par Abdoulaye OUATTARA