La Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) a publié, ce lundi 16 juin, un communiqué de presse dans lequel elle recommande au Gouvernement le respect des dispositions constitutionnelles en matière de droit à la participation politique après la décision controversée des autorités de proroger la durée de la transition de 5 ans, renouvelable.

Dans son communiqué (N°0012-2025/CNDH-P), la CNDH, se référant à la Constitution malienne du 22 juillet 2023, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 et à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de 1981, réaffirme son engagement à promouvoir et protéger les droits humains. De même, elle dit prendre acte de la décision du gouvernement de s’octroyer un mandat de 5 ans renouvelable.
En faisant référence à la constitution de juillet 2023 de manière élégante, la CNDH rappelle aux autorités de la transition qu’elles n’ont pas le droit et le devoir de piétiner la pierre angulaire de la République qui consacre des droits et des valeurs à protéger et à respecter.
Parmi ces droits fondamentaux, il y a la participation politique qui permet aux citoyens de prendre part à la vie politique de leur pays, que ce soit par le vote, la candidature à des élections, l’adhésion à des partis politiques ou d’autres formes d’engagement citoyen.
Il est essentiel au bon fonctionnement des démocraties représentatives et est étroitement lié à d’autres droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression et d’association. En recommandant le respect de ce droit, la CNDH dit poliment au général que son intention de s’octroyer un mandat de 5 ans sans passer par les élections n’est pas conforme à la démocratie. Même dans les pays dits de dictature, la tenue des élections est un principe qu’ils respectent à la lettre.
A cet effet, elle exhorte le gouvernement à accélérer les réformes nécessaires pour permettre la reprise des activités politiques, essentielles à la consolidation des acquis démocratiques et au renforcement de l’État de droit.
« Les libertés d’association, de réunion, d’opinion, d’expression et de presse sont des droits fondamentaux insusceptibles de restriction, sauf dans les conditions prévues par la loi et constituent l’essence d’un Etat démocratique respectueux des droits de l’Homme », rappelle la Commission.
Par ailleurs, la CNDH encourage les autorités à privilégier le dialogue avec les forces vives de la nation pour instaurer un climat politique apaisé, propice à une transition inclusive.
« La protection des droits de l’Homme est une responsabilité partagée. Nul n’est à l’abri de la violation de ses droits », conclut le communiqué signé par le président de la CNDH, le Pr Alkadri DIARRA.
La prorogation de la transition, décidée par les autorités militaires au pouvoir, a suscité une vague de critiques de la part de plusieurs figures politiques de premier plan. Des anciens leaders tels que Mountaga TALL, Moussa MARA et Yaya SANGARE ont ouvertement dénoncé cette mesure, y voyant une tentative de confiscation du pouvoir par les officiers supérieurs. Dans leurs propos, ils s’insurgent contre un risque de dérive autoritaire et une entrave au retour rapide à un ordre constitutionnel.
En effet, cette décision intervient dans un contexte de tensions politiques marquées par la dissolution de tous les partis politiques ayant exacerbé les restrictions des libertés publiques. Ces mesures, justifiées par les autorités au nom de la stabilité et de la sécurité, sont perçues par de nombreux observateurs comme un frein à l’expression démocratique.

PAR SIKOU BAH

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