Le ministre de la Justice et des droits de l’homme, garde des sceaux, Mamoudou KASSOGUE, a pris part le 28 mars 2024, au dialogue interactif sur la situation des droits de l’homme au Mali. Lors de son intervention à la faveur de la 55esession du Conseil des droits de l’homme à Genève, le ministre KASSOGUE a fustigé un «rapport essentiellement à charge» de l’expert indépendant de l’ONU contre le Mali.

Le jeudi dernier à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Alioune TINE, Expert indépendant sur la situation des droits de l’homme au Mali s’est inquiété du « verrouillage sévère de l’espace civique et de la répression systématique des libertés d’expression et d’opinion, de presse, de réunion pacifique et d’association, ainsi que du développement préoccupant de l’autocensure ».

« Je note, entre autres, avec préoccupation la dissolution depuis décembre 2023 de plusieurs organisations de la société civile par le Gouvernement du Mali », a affirmé M. Tine, qui présentait son dernier rapport en sa qualité d’Expert indépendant.

D’une manière générale, Alioune Tine fait état d’une « détérioration continue » de la situation des droits humains et de la protection des civils. Selon des informations récentes, entre 2022 et 2023, les violations et atteintes aux droits humains ont augmenté de 85%.

Depuis décembre 2023, au moins quatre organisations ont été dissoutes, dont la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS) et l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance au Mali.

Face à ces restrictions, l’expert exhorte les autorités maliennes à garantir le plein respect et la protection de la liberté d’expression et d’opinion, de presse, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association, conformément à la Constitution et aux lois du Mali.

Dans le même temps, les abus et atteintes au droit à la vie ont augmenté de 27%; et les cas de violences basées sur le genre documentés ont augmenté de 12%.

Par ailleurs, entre novembre et décembre 2023, le nombre d’écoles fermées pour cause d’insécurité/de crise humanitaire a augmenté de 2,59%.

Cette situation prive près de 495.000 enfants de leur droit à l’éducation, « une véritable bombe sociale à l’horizon ».

Dégradation rapide de la sécurité

S’agissant de la situation sécuritaire, M. Tine a réitéré ses sérieuses préoccupations devant la « dégradation rapide et continue de la sécurité dans presque toutes les régions du Mali ».

Ces zones « semblent échapper au contrôle des autorités maliennes ».

Les régions « deviennent de plus en plus des objets et espaces de confrontation des groupes extrémistes violents, qui luttent pour leur contrôle au grand dam des populations civiles, qui en sont les principales victimes, coincées entre le marteau et l’enclume », a dit M. TINE.

Face à cette situation, il invite Bamako à prendre toutes les mesures appropriées dans les meilleurs délais pour prévenir les attaques contre les populations civiles et renforcer leur protection. Alioune Tine exhorte aussi la communauté internationale à renforcer de façon concrète son soutien au Mali dans ce domaine.

Face à ce sombre tableau décrit par l’expert indépendant onusien,

Bamako a fustigé un « rapport essentiellement à charge sur la base d’informations non recoupées et exagérément alarmantes ».

Outre les avancées et succès enregistrés par les forces de défense sur les groupes armés, le ministre de la Justice, Mamoudou Kassogué, estime que cette réalité tranche avec la situation sécuritaire préoccupante décrite dans le rapport.

Sur le fond, le rapport fait état d’un défi persistant de la lutte contre l’impunité.

A ce sujet, M. Kassogué a rappelé la volonté de Bamako à y mettre fin, avec notamment « l’ouverture systématique d’enquête pour chaque abus grave rapporté aux autorités compétentes ».

S’agissant des réformes politiques et institutionnelles, le Garde des sceaux malien est revenu sur « l’organisation réussie » du référendum constitutionnel du 18 juin 2023 et de la promulgation de la nouvelle constitution 22 juillet 2023.

« Toute chose qui participe de la volonté des plus hautes autorités pour un retour à l’ordre constitutionnel », a conclu le ministre de la Justice du Mali.   

Par Abdoulaye OUATTARA

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