« Le monde a désormais la preuve que l’Algérie encourage le terrorisme au Sahara et au Sahel. L’AES exige qu’Alger cesse de déstabiliser la région ». C’est en ses termes que le représentant du Mali, Hamèye Founè Mahalmadane, membre du Conseil national de Transition (CNT), a dénoncé le rôle déstabilisateur régime algérien dans la région Sahélienne, à l’occasion de la 19ᵉ session de la Conférence des ministres des Affaires étrangères des pays islamiques, tenue à Jakarta du 12 au 15 mai.

Ainsi, ce qui devait être une réunion dédiée à la coopération législative s’est mué en affrontement diplomatique inattendu entre Alger et Bamako. Lors de cette occasion, l’ancien ministre de la Justice, Hamèye Founè Mahalmadane, représentant du Mali, a vivement dénoncé le rôle du régime algérien dans la détérioration de la situation sécuritaire au Sahel.
Dans une intervention remarquée, il a accusé Alger de s’ingérer dans les affaires intérieures maliennes en apportant un soutien actif à des groupes séparatistes et extrémistes.
Le membre du CNT a notamment exprimé son indignation face à la destruction d’un drone de l’armée malienne sur le territoire malien, en fin mars 2025 par le régime algérien, qualifiant cet acte d’inacceptable, en particulier de la part d’un pays présenté comme un « frère » au sein de la Oumma islamique. Il a ensuite pointé du doigt, sans ambages, l’implication directe d’Alger dans l’appui logistique et renseigné aux groupes armés opérant aux frontières du Mali.
Cette déclaration marque une rupture nette dans la patience des autorités maliennes face à ce qu’elles considèrent comme une hostilité persistante de la part du régime militaire algérien, dissimulée derrière un discours de solidarité islamique.
Elle met en lumière un fossé grandissant entre l’Algérie et son voisinage régional, dans un contexte de méfiance accrue à l’égard de ses actions.
Les autorités de la transition de notre pays ont pointé un soutien logistique et diplomatique présumé à des réseaux qualifiés de « déstabilisateurs », menaçant, selon elles, la souveraineté nationale du Mali.
« Comment comprendre que dans ce contexte où les forces armées coalisées de l’Alliance des États du Sahel (AES) mènent cette lutte implacable, qu’un pays, de surcroit membre de la Oumma islamique, puisse se retrouver aux côtés des groupes armés terroristes ? », a-t-il interrogé.
Car, a-t-il estimé, la destruction d’un drone des forces armées maliennes dans la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril dernier à Tinzawaten, dans la région de Kidal, en plein territoire national, ne peut relever que de ce que le droit international qualifie d’agression algérienne.
Il ressort de son propos que le Conseil national de transition, au nom de tout notre peuple, ainsi que de celui l’AES, condamne avec la dernière rigueur cet acte hostile et inamical du régime algérien.
« Par cet acte, le monde entier a désormais la preuve, s’il en a encore besoin, que les autorités algériennes soutiennent, encouragent et même favorisent le terrorisme international dans le Sahara, dans le Sahel. Les autorités de mon pays et celles de l’ensemble de l’Alliance des États du Sahel exigent que les autorités algériennes mettent immédiatement fin aux actions d’ingérence et de déstabilisation, qu’elles respectent les engagements bilatéraux et multilatéraux et qu’elles se joignent de manière constructive aux efforts régionaux pour la paix et la sécurité », a-t-il rappelé à l’ordre.
Des propos qui ont pris de court plusieurs délégations, dans une enceinte pourtant censée consacrer ses travaux à des thématiques consensuelles comme le développement durable et la solidarité entre États membres.
Le chef de sa délégation a vivement rejeté des accusations jugées « graves, irresponsables et infondées », dénonçant un « coup d’éclat diplomatique inopportun ». Il a souligné que son pays ne saurait être tenu pour responsable des conséquences de décisions prises par d’autres États souverains, appelant au respect mutuel et au règlement pacifique des différends, un principe auquel l’Algérie, a-t-il rappelé, est traditionnellement attachée.
Les accusations portées par Bamako viennent renforcer les constats de plusieurs rapports internationaux qui dénoncent les liens ambigus entretenus par Alger avec certaines factions armées actives au Sahel.
Ces groupes seraient impliqués dans des activités de trafic d’armes, de drogues, ainsi que dans des opérations de déstabilisation visant des pays comme le Niger, le Burkina Faso et le Mali lui-même.
Face à cela, plusieurs États sahéliens ont entamé des démarches souverainistes pour s’affranchir de toute tutelle régionale imposée sous couvert d’idéaux politiques ou religieux.
Le choix du Mali de porter ces accusations dans un forum islamique de cette envergure constitue un véritable camouflet diplomatique pour Alger, qui tente de se positionner comme un acteur engagé au service des causes de la Oumma. Or, les faits sur le terrain, tels que décrits par les autorités maliennes, dressent un tableau bien différent.
Ce qui s’est passé à Jakarta traduit un tournant et confirme que l’Afrique semble de plus en plus consciente du rôle perturbateur joué par le régime militaire algérien.

Par Abdoulaye OUATTARA

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