Le 21 mai 2012, la République du Mali vacille au sommet de l’État dans une violence inouïe. Vingt-quatre heures après la signature d’un accord âprement négocié par la CEDEAO fixant la transition politique à douze mois sous la direction de Dioncounda Traoré, le palais présidentiel de Koulouba est pris d’assaut. Une foule en fureur pénètre jusqu’au bureau du chef de l’État par intérim. Dioncounda Traoré est sauvagement lynché, frappé à coups de marteau et laissé pour mort dans son bureau dévasté. Cet événement tragique, qualifié dès le lendemain de tentative d’assassinat par l’Assemblée nationale, jette une lumière crue sur les parrains de l’ombre de la transition et la faillite sécuritaire planifiée de l’État.
L’investigation sur cette journée noire révèle une faillite sécuritaire qui ne devait rien au hasard. Comment une foule compacte de manifestants, hostile au maintien de Dioncounda Traoré et favorable à la junte militaire du capitaine Amadou Haya Sanogo, a-t-elle pu franchir sans résistance les barrages menant à la colline de Koulouba ? Ce jour-là, la Garde présidentielle et les forces de l’ordre ont étrangement reflué, laissant le président par intérim sans aucune protection républicaine.
Évacué in extremis vers l’hôpital avant de s’envoler en urgence pour la France le 23 mai afin d’y subir de lourdes interventions médicales, Dioncounda Traoré devient le symbole d’une transition prise en otage par la rue et les casernes. L’agression physique du chef de l’État apparaît alors comme une opération politique téléguidée pour saboter l’accord de la CEDEAO signé la veille et contraindre les civils à abandonner le pouvoir aux putschistes de Kati.
Après plus de deux mois de convalescence à Paris, le retour de Dioncounda Traoré à Bamako, le 27 juillet 2012, marque un tournant majeur. Contre toute attente, l’homme qui avait été laissé pour mort reprend les rênes du pays avec une posture de résilience christique. Le 29 juillet, lors d’une allocution solennelle, il acte la reconfiguration des institutions de la transition.
En annonçant la création de nouveaux organes et en reprenant directement la main sur la formation du gouvernement d’union nationale exigé par la communauté internationale, Traoré marginalise subtilement le Premier ministre de transition, Cheick Modibo Diarra, jugé trop proche de la junte. Ce lynchage, conçu pour liquider la transition civile, aura paradoxalement accéléré la mise en place d’un cadre politique plus robuste, ouvrant la voie à l’intervention internationale et à l’élection présidentielle de 2013.
Par la Rédaction