Instrumentalisée pour ceux qui ont intérêt à farder la vérité, l’affaire des mercenaires ivoiriens aura été le haut de pavé de la 77e session en cours à New York de l’Assemblée générale des Nations unies. Comme si la CEDEAO obéissait au doigt à l’œil de la Côte d’Ivoire, elle donne suite à la requête du Conseil National de Sécurité du 14 septembre 2022 de celle-ci en orchestrant un sommet extraordinaire pour la première fois de son histoire en dehors du continent.

Dans le Communiqué N°38 publié le 15 septembre, le gouvernement de transition avait pourtant clairement indiqué qu’il n’est nullement concerné par cette procédure devant l’instance communautaire, à savoir transformer un dossier judiciaire en une crise diplomatique et par conséquent de saisir la CEDEAO. En effet, pour le Mali, « l’affaire des 49 mercenaires ivoiriens est purement judiciaire et bilatérale, il met en garde contre toute instrumentalisation de la CEDEAO par les autorités ivoiriennes pour se soustraire de leur responsabilité, vis-à-vis du Mali ». À la CEDEAO qui semble prendre comme boussole la malheureuse sortie du secrétaire général des Nations unies interviewé par les médias français, notre pays a été on ne peut plus clair : « pour le respect de sa souveraineté, sa sécurité nationale et aux intérêts vitaux de son peuple, il ne cédera à aucun chantage ou intimidation ».
En dépit des mises en garde claires, la CEDEAO se réunit le jeudi 22 septembre 2022 dans un hôtel à New York curieusement sur la situation de la Guinée et du Mali. Mais en fait de situation du Mali, le communiqué final de ce curieux sommet extraordinaire délocalisé de la CEDEAO parle de « la situation des 46 soldats ivoiriens détenus au Mali ». Donc les progrès de la Transition, la situation sécuritaire et économique de notre pays ne sont pas la tasse de thé de la CEDEAO. Se pliant aux desiderata de la Côte d’Ivoire, la CEDEAO après avoir examiné le mémorandum présenté par le Président de la Commission de la CEDEAO sur les 46 soldats ivoiriens détenus au Mali a pris en termes de décisions des fuites en avant. Elle dit qu’elle « condamne avec fermeté, l’incarcération continue des soldats ivoiriens, dénonce le chantage exercé par les autorités maliennes dans cette affaire; demande la libération sans condition des 46 soldats détenus au Mali ; envoie incessamment d’une mission de haut niveau composée des Chefs d’état du Ghana, du Sénégal et du Togo à l’effet de la libération des soldats ivoiriens ».
On comprendra que le Mali qui avait déjà prévenu qu’il ne se sentait pas concerné par cette instrumentalisation de l’institution communautaire contre lui et auquel on demandait le 23 septembre 2022 de recevoir la délégation de haut niveau ci-dessus, dise poliment à la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEI)EAO), dans une note datée du 24 septembre 2022 que « que pour des contraintes d’agenda, la Mission de haut niveau annoncée pour le mardi 27 septembre 2022 ne peut être reçue que le jeudi 29 septembre ou le vendredi 30 septembre 2022 à Bamako»… Une élégante manière d’opposer une fin de non-recevoir à cette mission qui est née dans le déni de vérité et est manifestement dirigée contre l’intérêt de notre pays.
La prise de parole du Mali ce samedi 24 septembre 2022 à la tribune des Nations-Unies a donné l’opportunité au Premier ministre par intérim, le Colonel Abdoulaye MaÏga, de réitérer les vérités de notre pays sur cette question… et de mettre certains à leur place. Extraits au vitriol :

« (…) Permettez-moi de réitérer à notre Secrétaire général, M. António GUTERRES, notre haute appréciation des efforts louables qu’il continue de déployer pour la réalisation des nobles objectifs de notre Organisation commune. Nous sommes convaincus que vous êtes un ami du Mali et du Sahel.
L’amitié reposant sur la sincérité, souffrez que je vous exprime mon profond désaccord suite à votre récente sortie médiatique, au cours de laquelle vous prenez position et vous vous exprimez sur l’affaire des 46 mercenaires ivoiriens, qui est une affaire bilatérale et judiciaire, entre deux pays frères. C’est évident, que la qualification judiciaire des infractions liées à cette affaire ne relève pas des attributions du Secrétaire général des Nations Unies.

Au Mali, notre administration ne travaille pas sur la base de l’oralité, ni des déclarations par voie de presse, par conséquent, nous nous en tenons scrupuleusement à la Note verbale de la MINUSMA, référence : MINUSMA/PROT/NV/226/2022 du 22 juillet 2022, dans laquelle, il ressort clairement qu’il n’existe pas de liens entre les 46 mercenaires et les Nations Unies. Les récentes synchronisations des actions et l’harmonisation des éléments de langage consistant à faire passer le Mali de statut de victime à celui de coupable dans cette affaire des mercenaires, sont sans effets.

Excellence M. le Secrétaire général,
Votre position sur l’affaire des mercenaires a été suivie par certains responsables d’Afrique de l’Ouest, donc c’est sous votre couvert, que nous leur adresserons des messages.

À l’endroit du Président en exercice de la CEDEAO, M. Umaro Sissoco Embalo qui affirme : « on vient de voir avant-hier, la déclaration du Secrétaire Général des Nations Unies qui dit que ce ne sont pas des mercenaires. Moi à la place des maliens, j’aurai relâché ces 49 soldats ».
Je voudrais très respectueusement signifier à ce dernier qu’il existe un principe de subsidiarité, d’ailleurs aux contours flous, entre la CEDEAO et les Nations Unies et non un principe de mimétisme. Également, il est important de lui préciser que le Secrétaire général des Nations Unies n’est pas un Chef d’État et le Président en exercice de la CEDEAO n’est pas un fonctionnaire. Par conséquent, il serait indiqué qu’il ne banalise pas la CEDEAO.
Enfin, il est utile de rappeler, au Président en exercice de la CEDEAO, qu’au Mali, les autorités n’interfèrent pas dans les dossiers judiciaires et respectent l’indépendance de la Justice. Donc, nous n’avons pas vocation à interpeller ou relâcher, ceci relève de la fonction judiciaire. Aussi, M. Umaro Sissoco Embalo doit être conscient du fait qu’il est le dépositaire d’un lourd héritage et de plusieurs sacrifices qui ont fait la renommée de cette Organisation. La dynamique ayant fait la grandeur de la CEDEAO ne doit pas être brisée.
Par ailleurs, nous avons pris acte de la menace de sanctions proférée contre le Mali, et loin d’être impressionné par des sanctions, je voudrais signaler au Président en exercice de la CEDEAO, qu’à la fin de son mandat, les peuples ouest-africains le jugeront sur les efforts qu’il a fournis pour améliorer les conditions de vie des populations et non des show médiatiques servant des agendas étrangers.
À l’endroit de M. Bazoum, il remarquera que le Gouvernement de la Transition n’a pour le moment jamais réagi à ses propos injurieux pour deux raisons cumulatives. La première raison tient au respect de l’héritage laissé par nos ancêtres, qui consiste à ne pas répondre aux injures par des injures. La seconde raison relève de l’identité de M. Bazoum, l’étranger qui se réclame du Niger. Nous savons que le peuple nigérien frère du Mali se distingue par des valeurs sociétales, culturelles et religieuses très riches. M. Bazoum n’est pas un nigérien, son comportement nous réconforte totalement dans notre constat.

Excellence M. le Secrétaire Général, le Mali tirera toutes les conséquences de droit de vos agissements.
Devant Dieu et en leur âme et conscience, nous demandons à ceux qui réfutent notre version, d’indiquer s’ils accepteront que des militaires ayant dissimulé leurs identités, en mettant sur leurs passeports qu’ils sont peintres, maçons etc… avec des armes, débarquent dans leur aéroport, sans que le pays de destination n’ait été au préalable informé et dans le dessein funeste de déstabiliser ce pays. S’ils ne l’acceptent pas, en tant qu’État, si cela n’est pas possible à Lisbonne ou ailleurs, le Mali non plus ne l’acceptera pas en tant qu’État et ce ne sera pas non plus possible à Bamako ou dans une autre localité malienne ».

La Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *