Le président russe, Vladimir POUTINE, a ouvert, mercredi 28 octobre 2026, le sommet Russie-Afrique et la séance plénière du Forum économique et humanitaire en plaidant pour un partenariat « d’égalité et d’amitié ». Une occasion, encore une fois, pour le président russe de fustiger les pratiques qu’il qualifie de néocoloniales de certaines puissances occidentales.
Devant des chefs d’État et de gouvernements africains, dont le président burundais Évariste Ndayishimiye, M. POUTINE a souhaité la bienvenue aux présidents et aux chefs de gouvernement de plus de 20 pays africains qui participent à ce sommet.
Au programme de ce rendez-vous, plusieurs rencontres entre les pays invités et les entreprises privées russes en vue de la mise en place d’initiatives de développement et du renforcement de la coopération entre la Russie et l’Afrique.
L’objectif, selon le président Poutine, est de faire la promotion du partenariat entre nos pays dans l’énergie, l’industrie, l’agriculture et les transports, ainsi que des perspectives de coopération dans les domaines de l’atome pacifique, des hautes technologies, de la numérisation, de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de l’espace.
« Le Forum Russie-Afrique, ses thèmes et son cercle de participants, ainsi que le dialogue libre et ouvert qui s’y tient, s’inscrivent naturellement dans les processus de transformation mondiale, dont l’ampleur et la profondeur sont telles qu’il est difficile de les surestimer. Nous sommes témoins de la réalité croissante du monde multipolaire, une tendance objective et irréversible », a indiqué le président russe.
Vers un monde multipolaire
Selon lui, l’époque où le sort de continents entiers était décidé par un cercle restreint d’États appartient définitivement au passé. « Un monde plus juste lui succède, où les voix de tous les pays participant à la communauté internationale doivent être entendues », a-t-il indiqué.
Contrairement aux pratiques anciennes, il a souligné que de nouveaux centres de gouvernance mondiale se forment, des points d’attraction et de recomposition de l’ordre mondial, à travers notamment l’organisation des BRICS. Elle couvre un tiers des terres émergées et regroupe des États de premier plan d’Eurasie, d’Amérique latine, du Moyen-Orient et, bien sûr, d’Afrique, représentée dans la famille des BRICS par trois pays.
« Ces approches du partenariat, cet agenda fédérateur sont très demandés et donnent des résultats positifs tangibles. Au cours des cinq dernières années, plus de 40% du PIB mondial ont été produits par les pays des BRICS, tandis que la contribution du G7 est restée inférieure à 30% », a affirmé Vladimir POUTINE.
Selon lui, cette proportion ne fera assurément que croître, et ce, bien entendu, en faveur des pays en développement. C’est en grande partie grâce à l’Afrique, qui possède d’énormes ressources naturelles et un potentiel démographique considérable, et qui se trouve au carrefour d’intenses routes commerciales transcontinentales.
Le président POUTINE a affirmé que la formation de ce monde multipolaire se heurte à « la résistance des pays qui ne sont pas prêts à accepter cette réalité : ceux qui ont l’habitude de penser selon le passé colonial et de s’enrichir de manière fabuleuse aux dépens d’autrui ».
Ce faisant, explique-t-il, tous les moyens, les plus déplacés et les plus cyniques, sont employés : guerres tarifaires, sanctions illégitimes, diktat économique, chantage et ingérence dans les affaires intérieures.
« On observe des tentatives actives de la part des pays occidentaux de replonger les Africains dans la servitude de la dette, de leur imposer des ressources financières, certes indispensables, mais à des conditions léonines qui les contraignent ensuite à payer bien davantage pour servir et solder leur dette, au détriment de leurs projets de développement à long terme », a dénoncé le président russe.
La dette, un néocolonialisme
Or, citant Thomas Sankara, il a rappelé : « La dette, c’est le néocolonialisme, dans lequel les colonisateurs se sont transformés en soi-disant assistants techniques. C’est une reconquête de l’Afrique savamment organisée, dont le but est de soumettre sa croissance et son développement à des règles étrangères. »
Pour POUTINE, les conséquences de l’époque coloniale se font encore sentir en Afrique. À l’époque coloniale, l’infrastructure du continent a été construite pour exporter les matières premières vers les métropoles.
Aujourd’hui encore, selon les experts, la part de la valeur ajoutée dans l’industrie manufacturière du continent est inférieure à deux pour cent. Sur un volume annuel d’échanges commerciaux des États africains de 1 500 milliards de dollars, seuls 15% sont des transactions au sein du continent.
La Russie, rappelle son président, participe activement aux efforts d’assainissement financier des pays africains et d’allègement du fardeau de la dette. Avec plusieurs États africains, souligne-t-il, il est initié des programmes conjoints d’utilisation des fonds issus de la dette pour financer des projets nationaux de croissance économique.
« Notre pays plaide également de façon constante pour un renforcement du rôle de l’Afrique dans la gouvernance et la prise des décisions clés au sein des institutions multilatérales de développement, avant tout le Fonds monétaire international et la Banque mondiale », a-t-il plaidé.
Le président russe a déclaré que l’Afrique a besoin de solutions qui lui permettent de disposer librement de ses ressources, de les affecter à ses besoins urgents, d’accumuler des capitaux importants et des investissements à long terme dans l’énergie, l’industrie, les transports et la logistique.
Selon lui, cela aiderait à se débarrasser définitivement des chaînes de l’héritage colonial, à assurer la stabilité politique, sociale et économique des pays africains et une véritable souveraineté nationale dans toutes ses manifestations.
Pour autant, l’Afrique reste le continent de l’avenir, a affirmé POUTINE, s’appuyant sur les prévisions de l’Organisation des Nations Unies.
En effet, à partir de 2030, le centre de la croissance démographique mondiale se déplacera inévitablement, et c’est déjà en cours, vers l’Afrique. D’ici 2050, sa population dépassera 2,5 milliards de personnes, dont environ 70% de jeunes de moins de 30 ans.
Selon la Banque africaine de développement, le taux de croissance économique moyen des États du continent est de 4,2%, supérieur à la moyenne mondiale, et 12 des 20 économies à la croissance la plus rapide de la planète sont africaines, a rapporté le président russe.
Les échanges commerciaux russo-africains
Abordant les relations économiques entre la Russie et l’Afrique, il a indiqué que ces dernières années, il y a eu une hausse notable des échanges commerciaux mutuels. Le chiffre d’affaires commercial russo-africain a dépassé 27 milliards de dollars l’an dernier. En 2022, soit dit en passant, il n’était que de 18.
« La hausse est considérable. Mais, bien sûr, cela ne suffit pas encore. Je suis convaincu que nous pouvons, dans un avenir très proche, accroître encore cet indicateur, au moins le doubler, et dépasser sans aucun doute la barre des 50 milliards », s’est-il fixé comme objectif.
Déjà, la volonté politique se manifeste par la présence des grandes entreprises russes qui travaillent sur le continent, et leur activité, affirme-t-il, contribue au développement socio-économique des États africains.
Par ailleurs, il a annoncé le lancement de nouveaux projets communs de création d’infrastructures énergétiques et de transport, de développement de l’agriculture et de l’industrie, d’introduction de technologies modernes, y compris numériques et de télécommunications, qui doivent contribuer à révéler les possibilités de la coopération russo-africaine.
« Je souligne que la Russie est l’un des garants les plus fiables de la sécurité alimentaire sur le continent africain. Plus de 40 pays africains reçoivent déjà des engrais et des céréales russes », a déclaré Vladimir POUTINE, qui se dit prêt à élargir encore la géographie de leurs livraisons de produits agricoles.
« En neuf mois de 2026, notre pays a exporté 13 millions de tonnes de produits agricoles vers l’Afrique. Pour certains pays, les volumes d’expédition ont été multipliés, non pas de quelques pour cent, mais bien de plusieurs fois », a-t-il affirmé.
À l’issue du sommet, les dirigeants doivent adopter un plan d’action pour 2027-2029 visant à dynamiser la coopération. M. Poutine a conclu en affirmant que la Russie est « sincèrement intéressée par le développement et l’approfondissement continus […] de la coopération commerciale, économique et humanitaire avec tous les pays d’Afrique ».
PAR SIKOU BAH







