C’était l’année scolaire 1954-1955 ; j’étais en classe de 5e au Collège Moderne de Diré. Cette année-là, nous avions réussi notre pièce de théâtre et avions reçu la visite de Monsieur Hamadoun Dicko, Soudanais et Ministre du Gouvernement français. Cette rentrée a vu l’arrivée massive d’élèves venant de tous les coins du Soudan Français, Ansongo, Bourem, Gourma-Rharous, Tombouctou, Kidal, Diré, Menaka, Mopti, San, Koulikoro, Kayes, Bougouni, Sikasso, etc, etc. Toute la colonie du Soudan français commençait à prendre conscience de l’existence du Collège Moderne de Diré créé en 1949.
La visite du Ministre Hamadoun Dicko a fait grandir la côte de notre Collège jusque sur les côtes de la Seine à Paris. Dans ce contexte le nom d’un administrateur Mr. Jean Clauzel, qui n’était pas enseignant et dont on parlait bien à Kidal, nous parvint et lui-même débarqua au Collège Moderne de Diré ; nous avions préparé sa visite avec soin et avec joie ; quelle a été notre déception de constater que la visite de Monsieur Jean Clauzel s’était réduite à la rencontre avec la Direction et quelques élèves dont ceux de Kidal et quelques autres, mais tous nomades ! Monsieur Clauzel n’a même pas eu un clin d’œil pour les élèves « noirs » qu’il a snobés ! Il a immédiatement disparu de l’établissement et pour toujours.
A la suite de cette visite, deux incidents ont eu lieu au Collège entre élèves successivement entre un élève d’ébène et un élève d’ivoire pour un morceau de viande au réfectoire et entre un élève d’ivoire et un élève d’ébène lors du nettoyage de notre dortoir ; la Direction coloniale a tout mis en œuvre pour dramatiser les faits afin de les transformer en conflits entre Touaregs et Noirs, entre Nord et Sud et entre Blancs et Noirs ! Il est à remarquer qu’aucun élève Touareg n’a été impliqué dans ces incidents car l’un a opposé un enfant Arabe et un enfant Bambara et dans l’autre c’était un enfant Arabe qui a été aux prises avec un enfant Peul. Il semblait qu’il y avait une main sombre qui manipulait nos querelles d’enfants pour en faire des conflits de couleurs et de races ; une âme sombre qui voudrait que le Collège Moderne de Diré soit réservé exclusivement aux enfants nomades en mettant en exergue les Touaregs, sachant qu’à Paris, les opinions, avec la guerre d’Algérie soutenue par Nasser et la République Arabe Unie, pencheraient immédiatement pour une entité berbère affirmée dans la zone qui pourrait absorber la Kabylie ; ainsi l’Algérie serait amputée de son sud et la France s’emparerait de la Boucle du Niger et s’installerait durablement à Gao et à Tombouctou, jusqu’à Djenné. En fait depuis la visite de Monsieur Jean Clauzel, les mic-macs se sont multipliés, ainsi que les querelles entre élèves ; en arrivant à Diré, Monsieur Jean Clauzel semblait être pris au dépourvu par le nombre important des enfants noirs au Collège Moderne de Diré, lors de la rentrée 1954-1955. Il s’est d’ailleurs rapidement éclipsé alors qu’on s’attendait à une visite plutôt festive. Monsieur Clauzel était très bien noté à la Rue Oudino à Paris, devenue la Rue Monsieur après l’Indépendance des colonies françaises d’Afrique en 1960. Nous ne le connaissions pas comme un homme raciste, mais il était déjà au service d’une idée séparatiste qui amputait le Soudan de la Boucle du Niger pour créer l’Organisation Commune de Régions Sahariennes (OCRS). En constatant de visu l’invasion du Collège Moderne de Diré par les enfants de la Boucle du Niger et du reste du Soudan Français, Monsieur Clauzel a compris que l’Union Soudanaise-Rassemblement Démocratique Africain (US-RDA) a pris les devants pour barrer le chemin à l’OCRS en gestation à la Rue Oudino et, il a littéralement fui de Diré, tout comme Monsieur Emmanuel Macron « nous a abandonnés en plein vol » quelques soixante-dix années plus tard quand il a compris que le Mali a compris son jeu double.
De toute évidence, le Collège Moderne de Diré était prévu pour devenir le foyer formateur, exclusivement, des enfants des chèvriers, des bouviers et des chameliers du Soudan et qui, en 1955, grâce à la vigilance de l’US-RDA est déjà devenu le foyer de brassage des enfants des chèvriers, des bouviers, des chameliers, des laboureurs, des pêcheurs, des commerçants, des forgerons, des tisserands, etc, etc. Eternel mauvais élève, le colonisateur a encore mal évalué les choses ; il a oublié que le gros des Touaregs se trouve dans la vallée du fleuve Niger, d’Ansongo à Goundam et dans le Gourma. L’ennemi de la stabilité du Mali n’est pas à Kidal, il est sans nul doute sur les bords de la Seine à Paris et, les acteurs sont les Présidents Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron qui ont armé et financé les Rebelles et Séparatistes touaregs maliens. Kidal et les Kidalois ne sont donc pas les ennemis du Mali. Qu’il nous en souvienne que Modibo Keïta, Mahamane Alassane Haïdara, Yacouba Maïga, les Ifoghas de Kidal, les Ouillimidènes de Ménaka, les Touaregs de Gao, de Tombouctou, de Goundam, de Gourma-Rharous, de Gossi, les Kountas des Lahba et les Bérabiches de Taoudénit qui ont fait échouer la construction de la néfaste OCRS. Le Mali est donc la Patrie de tous ceux que je viens de citer, sans oublier les Bobos, les Bozos, les Dogons, les Sénoufos, les Khassonké, les Minianka, les Malinké, les Soninké, les Bambara, les Peul, les Songhay, les Arabes, etc.
Kidal et les Kidalois sont donc les victimes sacrificielles et des chairs à canon des ambitions d’un colonisateur hors d’Afrique qui les utilise contre leur patrie et contre eux-mêmes à des fins néocolonialistes et impérialistes. La petite MINORITE de nos enfants qui a répondu à Messieurs N. Sarkozy et E. Macron doit reconnaître maintenant qu’elle s’est hélas trompée et égarée. Le moment est donc venu pour elle, de demander humblement à ses frères et sœurs, cousins et cousines, oncles et tantes, pères et mères sincèrement le PARDON, au nom d’Allah, qu’ils lui accorderont sincèrement au nom d’Allah ! Car, les choses ont fondamentalement changé. Les exégètes ont listé les chiffres sacrés du Coran ; les tous premiers sont 1, 3, 7, …. Le chiffre 1 est celui qui symbolise l’UNICITE d’Allah ; le chiffre 3 est connu religieusement et traditionnellement ; dans les ablutions, on se lave 3 fois, les demandes faites à Allah sont répétées 3 fois et alors considérées comme exaucées ; traditionnellement un homme peut pardonner une offense qui lui est faite 2 fois, mais réagit punitivement à l’offense qui lui est faite 3 fois ! Nous sommes donc le 6 Octobre 2026, revenus à Kidal pour la 3e fois et cela pour toujours ! Je me réjouis aujourd’hui que les lignes contre le terrorisme bougent sur nos frontières en Afrique et dans le reste du monde. Quand le Prophète d’Allah (PSL) est entré dans la Mecque, a investi la Kaaba, il a dit ceci : « le mensonge a couru pendant mille ans, la vérité s’est levée et en un jour l’a rattrapé et l’a subjugué ». Ainsi nous venons de comprendre, miraculeusement, qu’il ne s’agit pas d’enjamber le Mali pour aller combattre le terrorisme sur les frontières ghanéennes du Burkina Faso, de fermer les yeux sur les sponsors des terroristes au Moyen Orient, mais de les combattre sur ses propres frontières et l’intérieur de ses propres frontières. Si l’on constate aujourd’hui un réveil certain contre le terrorisme au Mali et au Sahel, le monde le doit aux Fama et aux forces combattantes de l’AES.
Ainsi, c’était depuis 1955 que nous avons la preuve que le colonisateur a fait de Kidal le foyer de ses entreprises de divisions du Soudan et du Mali ; Diré, Kidal, Tombouctou et Gao devaient être des lieux importants de l’OCRS et, naturellement le Collège Moderne de Diré allait être le creuset intellectuel de la formation des élites de l’OCRS et les beaux brassages et mixages, entrevus en1955, par Mr. Clauzel, ont effrayé ce dernier qui comprit que le projet en cours à la Rue Oudino à Paris allait faire long feu avec l’entrée en action de l’US-RDA. En ce 4e trimestre de l’année 2026, la destinée de la nation malienne est entre les mains de jeunes Officiers Généraux maliens, patriotes jusqu’au sacrifice suprême, qui nous ont offert deux dates inscrites en or massif dans notre histoire, le 21 Septembre 2026 qui a vu l’inauguration, dans la commune urbaine de Kati, du Centre d’Intelligence Artificielle et Robotique (CIAR-MALI), Centre Scientifique et technologique le plus important de l’Afrique francophone et qui fonde l’industrialisation du Mali, tandis que le 6 Octobre 2026, les FAMA, avec panache et gloire, rentrent et réoccupent Kidal sans coup férir ! C’est bien la stupéfaction de joie qui saisit la nation malienne ! C’est aussi le moment, pour nous, d’adresser nos félicitations et notre gratitude appuyées au Général Assimi Goïta, Président de la Transition, Chef de l’Etat, à la Gouvernance de la Transition et à nos glorieuses forces armées les FAMA pour avoir restitué à la nation Malienne sa dignité et sa fierté.
Bamako, le 26 octobre 2026.
Pr El Hajj Younouss Hamèye Dicko







