A Koulikoro, les habitants ont probablement raté l’information météorologique du siècle. Car pour qu’un stade flambant neuf présenté comme répondant aux normes CAF/FIFA perde sa toiture, voie son écran géant s’effondrer et ses façades se disloquer après une simple tornade sahélienne, il fallait sûrement un tsunami venu du Golfe de Guinée ou un typhon échappé du Pacifique. Malheureusement, Koulikoro est loin de la mer. Le miracle climatique n’a donc pas eu lieu. Le miracle malien, lui, continue.
Dans la nuit du 12 mai 2026, quelques pluies musclées et des rafales de vent ont suffi pour transformer le Stade Mamadou Diarra H en démonstration grandeur nature du génie national en matière de marchés publics. Une partie de la toiture s’est envolée comme une feuille de papier, le tableau d’affichage électronique s’est écroulé avec la dignité d’un château de cartes, tandis que les structures décoratives se sont affaissées sur les tribunes. À défaut d’avoir accueilli des compétitions internationales, le stade aura au moins offert un spectacle aérien gratuit aux riverains.
Pourtant, ce joyau de 5 000 places rénové à près de 400 millions FCFA avait été inauguré en grande pompe en janvier 2025 par le président Assimi Goïta lui-même. Discours officiels, rubans coupés, photos protocolaires et promesses de modernisation du sport national : tout y était. Ce que personne n’avait précisé, c’est que les normes CAF/FIFA semblaient ici avoir été remplacées par les normes “CAFÉ du commerce”.
Le plus fascinant dans cette affaire reste cependant la réaction attribuée à l’entreprise prestataire. D’un côté, elle affirme avec aplomb qu’il n’existe aucun défaut de qualité ni aucun problème dans les matériaux utilisés. De l’autre, elle annonce généreusement qu’elle réparera les dégâts à ses propres frais. Une bonté rarissime. Voilà désormais des entrepreneurs qui pratiquent la charité spontanée sans aucune responsabilité engagée. Le contribuable malien découvre ainsi une nouvelle doctrine : “Tout est solide, mais tout s’est cassé quand même.”
Le ministre des Sports, Abdoul Kassim Fomba, s’est rendu sur place pour constater les dégâts avec un large sourire d’impunité. Comme souvent sous nos tropiques administratives, les visites officielles arrivent après l’effondrement des structures, jamais avant. Les images de cette descente ministérielle ont surtout laissé aux Maliens l’impression désagréable d’un système où personne n’est jamais responsable de rien, même lorsque les preuves tombent du ciel avec les tôles.
Au fond, cette affaire dépasse largement un stade. Elle résume une culture de l’impunité où les scandales publics finissent recyclés en incidents techniques, où les malfaçons deviennent des catastrophes naturelles, et où les réparations offertes remplacent les sanctions. À Koulikoro, le vent n’a pas seulement arraché une toiture : il a surtout soufflé sur le décor fragile des faux standards et des vraies combines.
Ce n’est pas ta faute, il n’y a ni défaut de fabrication ni défaut de qualité des matériaux utilisés. Alors pourquoi cette générosité qui frôle la charité de l’entrepreneur envers le maitre de l’ouvrage ?
Quand est-ce qu’on va respecter l’intelligence des Maliens dans ce pays où chacun se croit encore tout permis
PAR MODIBO KONÉ