La guerre psychologique fait rage au Sahel, et sa principale arme n’est pas le mortier, mais l’intoxication médiatique. Depuis plusieurs semaines, des officines de propagande et certains relais extérieurs distillent une musique anxiogène : Bamako serait « assiégée », coupée du monde, condamnée à l’asphyxie par un blocus impitoyable du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM/JNIM). Mais qu’en est-il concrètement sur le terrain ? Derrière l’illusion d’un siège hermétique se cache en réalité une stratégie d’embuscades mobiles menée par une poignée de cellules terroristes résiduelles, totalement incapables de tenir le terrain face à la montée en puissance des forces armées.

L’illusion d’optique djihadiste
Pour qu’un blocus soit effectif, il faut une force d’occupation capable de verrouiller physiquement les voies d’accès et d’interdire durablement le passage. Or, le JNIM n’a ni les effectifs, ni la logistique lourde, ni l’audace militaire nécessaires pour encercler une métropole de plus de quatre millions d’habitants comme Bamako. Les djihadistes n’ont jamais administré de grande ville et savent qu’une présence statique prolongée aux portes de la capitale équivaudrait à un suicide collectif face aux vecteurs aériens des FAMAS et de leurs alliés.
La réalité de ce « blocus » se résume à une pression mobile et asymétrique. Il s’agit de deux ou trois cellules de militants éparpillées le long de corridors s’étendant sur des centaines de kilomètres. Incapables de contrôler les axes, ces groupuscules pratiquent la politique de la terreur éclair : ils surgissent des buissons, établissent un checkpoint volant pendant quelques dizaines de minutes, forcent les passagers des bus à descendre, puis incendient les véhicules et le fret avant de s’évanouir dans la nature à la moindre alerte. À Bamako, la vie suit son cours. Les véhicules et les personnes quittent la capitale sans aucun encombre. Le JNIM tente simplement, par des coups d’éclat sporadiques, d’intercepter ce qui tente d’y entrer. Remplacer la réalité par l’illusion : voilà la véritable ruse djihadiste.

Le salut par le corridor guinéen
Cette guerre des nerfs trouve sa réponse dans une réorganisation logistique et sécuritaire majeure. La tentative du JNIM de couper les routes a déclenché une contre-offensive vigoureuse. Sur l’axe stratégique reliant la Guinée au Mali, le déploiement du Corps africain aux côtés des forces nationales a permis de sécuriser entièrement la voie et de rétablir une circulation fluide des marchandises. Les convois de carburant et de denrées de première nécessité entrent à Bamako sous haute protection.
De plus, l’état-major malien neutralise l’impact de ces perturbations par une flexibilité logistique accrue. Lorsque le corridor ouest menant au Sénégal (l’axe Kayes-Bamako) subit des pics de tension dus à des sabotages nocturnes, les flux commerciaux sont immédiatement redirigés vers le corridor sud via la Côte d’Ivoire et la Guinée. Cette diversification des voies d’approvisionnement empêche toute rupture totale des stocks. L’armée organise également des escortes militaires massives pour sécuriser les transporteurs internationaux, brisant l’effet de panique que le JNIM tente d’insuffler chez les chauffeurs de Dakar ou d’Abidjan.

L’arme de l’asphyxie économique

Le passage du JNIM à cette stratégie d’étranglement économique n’est pas un signe de force, mais un aveu d’impuissance militaire. Ne pouvant plus rivaliser avec la puissance de feu des FAMa sur le champ de bataille traditionnel, les terroristes cherchent à déplacer le conflit sur le terrain glissant de l’économie domestique. L’objectif réel n’est pas de conquérir Bamako par les armes, mais de provoquer une inflation galopante, des pénuries d’énergie et un désespoir social, dans l’espoir cynique de pousser la population à se retourner contre les autorités de la Transition.
Pour parfaire cette mise en scène, le JNIM utilise la menace de l’isolement comme un vulgaire levier d’influence politique et de communication. Le groupe diffuse ainsi des messages opportunistes annonçant des « allégements sélectifs » du blocus pour de prétendues raisons humanitaires. Comment peut-on prétendre alléger un siège que l’on n’est même pas capable d’imposer physiquement ? Cette rhétorique lénifiante vise uniquement à s’attribuer un rôle de régulateur qu’ils n’ont pas sur le terrain.
Si le JNIM parvient à générer une crise économique chronique, des hausses de prix de transport et une anxiété légitime au sein de la population, la configuration géographique de Bamako et la riposte militaro-logistique rigoureuse de l’État rendent l’hypothèse d’un blocus total totalement chimérique. La capitale respire, s’approvisionne et refuse de céder au chantage de la terreur psychologique.

Assétou TOURÉ

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